Analyse FFPM

Le Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) :
Un pilier de la recherche sur la francophonie nord-américaine à l’Université d’Ottawa

 

Document préparé par

 Anne Gilbert, directrice

 

Avec la collaboration de

Michel Lalonde, responsable des archives,

Colette Michaud, responsable des publications,

Joel Beddows, Chaire de recherche sur la francophonie canadienne
Pratiques culturelles

Michel Bock, Chaire de recherche sur la francophonie canadienne
L’Ontario français, Le Canada français et la problématique identitaire

 Lucie Hotte, Chaire de recherche sur la francophonie canadienne
La production et la réception des littératures minoritaires

Ainsi que du Bureau de direction du CRCCF

Octobre 2013


Le CRCCF: un pilier de la recherche sur la francophonie nord-américaine
à l’Université d’Ottawa

Fondé en 1958, le CRCCF s’intéresse à la société et à la culture des communautés francophones de l’Amérique du Nord d’hier et d’aujourd’hui. Il mène des activités de recherche et de diffusion du savoir en plus de conserver et de mettre en valeur une riche collection de ressources documentaires.

Centre de recherche

Les fondateurs du Centre ont été des pionniers dans l'étude et la promotion de la littérature québécoise. Leurs successeurs, en élargissant ses perspectives disciplinaires, ont contribué à l'émergence du champ, devenu aujourd'hui vigoureux, des études sur la francophonie canadienne. Le CRCCF pilote aujourd’hui deux chantiers importants. Réunissant une quinzaine de spécialistes de la francophonie de l’Université et de nombreux partenaires, le chantier Ottawa vise à mieux connaître cette capitale de la vie française au pays – Ottawa –, sa population, ses institutions, ses réalisations, ses ambitions. Le projet jouit d’une importante subvention de développement de partenariat du CRSH, affectée en grande partie à la formation des étudiants. Deux colloques ont été organisés sous l’égide du chantier Ottawa. Des actes sont en préparation. Une chronologie et un livre sont en préparation. Au cours de la dernière année, le nouveau chantier Éducation s’est appuyé sur des collaborations interdisciplinaires et pluri-universitaires pour susciter différentes initiatives de recherche sur les enjeux historiques en éducation franco-ontarienne.

Centre d’archives

En 2013, le CRCCF compte plus de 538 fonds et collections d'archives comprenant des documents textuels, photographiques, sonores, images en mouvement et autres. La collection est accessible via une base de données, dont une partie est en ligne sur son site Web et sur ceux des réseaux canadien et ontarien d'information archivistique. Il s’est récemment doté d’une base de documents numérisés, aussi accessible par internet. Le CRCCF est devenu le principal centre d'archives de l'Ontario français et l'un des plus importants de la francophonie canadienne. Depuis la désignation du CRCCF par Patrimoine canadien en 2005, plus d’un demi-million de dollars en juste valeur marchande de nos dons d’archives de personnes ont été ajoutés au patrimoine de l’Université. Mais c’est essentiellement pour leur valeur de recherche que le CRCCF conserve ces archives. Une moyenne de 800 demandes de renseignements chaque année, dont 70% sont issues du milieu universitaire.

Lieu de publication

Le CRCCF publie la collection « Archives des lettres canadiennes » depuis 1960 et dirige la collection
« Amérique française » des Presses de l’Université d’Ottawa.  Le Centre édite Francophonies d’Amérique, et ce, depuis 1995 (7 numéros, 89 auteurs d’articles, dont 21 sont de l’extérieur du Canada depuis 2010), et la revue d’histoire intellectuelle et culturelle Mens, depuis 2010 (5 numéros, 23 auteurs d’articles, dont 13 du Québec). Les deux revues sont accessibles sur Érudit.  Le CRCCF collabore également à la publication des Cahiers Charlevoix, aux Presses de l’Université d’Ottawa. Ces revues sont auto-financées.

Le développement en synergie de ses trois volets d’activité  

Le CRCCF développe ses trois volets d’activité – recherches, archives, publication- en synergie.  Les quatre champs d'acquisition des archives du Centre correspondent aux grands axes de développement de la recherche, qui sont aussi ceux de ses publications: Culture du Canada français, Ottawa, les francophones de l'Ontario, le Canada français et les francophonies canadiennes.

 

Une reconnaissance nationale

En 2009, le Conseil supérieur de la langue française du Québec décernait le Prix du 3-Juillet-1608 au CRCCF. Il reconnaissait ainsi les services exceptionnels rendus par le Centre à l'ensemble de la francophonie nord-américaine.

I. LES FORCES

Le CRCCF jouit d’un fort ancrage historique tant au sein des milieux de la recherche que dans la communauté plus large. Ses champs d’activité en ont un leader incontesté dans le domaine des études sur la francophonie nord-américaine.

Un solide noyau de chercheurs

Outre le travail de sa direction, le CRCCF s’appuie sur la participation active des Chaires de recherche sur la francophonie dont quatre logent au Centre, des autres chaires de l’Université d’Ottawa qui s’intéressent aux enjeux de la francophonie, et de nombreux chercheurs d’ici et d’ailleurs qui y font des recherches, seuls ou au sein de ses chantiers, participent à ses colloques, publient dans ses collections et revues. Le CRCCF compte aujourd’hui plus de 80 membres, dont 15 membres étudiants, étroitement engagés dans ses activités.

Une équipe de professionnels à la fine pointe de leur domaine

Le CRCCF compte sur une équipe de professionnels d’expérience, qui a toutes les compétences nécessaires pour garder le Centre parmi les leaders dans ses champs d’activité : outre le responsable, trois archivistes spécialisés (référence; images; informatique documentaire), qui poursuivent leur formation dans des domaines clés pour l’avenir du CRCCF (sciences de l’information; droit; archivistique); deux spécialistes de l’édition et des communications, dotés d’une solide expérience; une adjointe administrative qui œuvre au CRCCF depuis plus de 35 ans et qui en transporte la mémoire.

Un incubateur de projets

Le CRCCF a vu naître au cours de son histoire de nombreux projets, dans un éventail de disciplines de la Faculté des arts et des autres facultés de l’Université d’Ottawa. Il en a stimulé l’émergence par divers moyens, dont son célèbre fonds de démarrage, remplacé depuis 2011 par des bourses de recherche destinées aux étudiants des paliers supérieurs. Ses locaux et son personnel, qui, de par sa connaissance intime du Canada français participe à l’élaboration et à la réalisation des projets, contribuent à leur succès.   

Des liens étroits avec la communauté franco-ontarienne

Les liens étroits qui unissent la centaine de ses donateurs actifs au CRCCF constituent une de ses principales forces. Le lien de confiance qui s’est établi au fil du temps est la clé du succès des initiatives du CRCCF, et contribue au rayonnement de l’Université dans la communauté franco-ontarienne. Celle-ci se sent chez elle au CRCCF, qui agit ainsi comme foyer de son appartenance à l’Université. Le Centre peut en retour s’appuyer sur ses organismes et institutions pour promouvoir ses activités.

Un vaste rayonnement dans les Amériques

Par ses Rendez-vous et colloques annuels, organisés avec divers partenaires (IHAF en 2010; l’AFO en 2012; Le Droit en 2013, avec l’appui du CRSH),  par ses contributions aux événements scientifiques tenus ailleurs (Migrations, au Musée des civilisations, à Québec, en 2010), le CRCCF s’est fait connaître partout en Amérique.  Le prix du CRCCF, décerné annuellement à un chercheur qui s’est distingué par son travail est convoité.  Notre présence sur le web et les médias sociaux (Twitter au colloque sur les médias en 2013) contribue à ce rayonnement.

Une importante carte de visite de l’Université d’Ottawa

Le CRCCF s’avère un des principaux lieux par lesquels l’Université d’Ottawa s’acquitte de sa mission auprès de la francophonie ontarienne. Point d’appui de la formation à la recherche sur les cultures et sociétés francophones en Amérique, il offre un ancrage institutionnel aux travaux qui s’y intéressent, sans compter le service unique qu’il rend à la communauté, à travers l’accueil de ses archives. L’Université ne manque pas de rappeler le rôle unique du Centre dans ses déclarations touchant à la francophonie.

II. LES FAIBLESSES

Un meilleur arrimage entre le CRCCF et les programmes d’études  

Le CRCCF contribue activement à la formation des étudiants, via les travaux réalisés à même les archives (20 cours et séminaires depuis 2010), les stages en archivistique, le programme d’initiation à la recherche au premier cycle, les assistanats de recherche, ses bourses de recherche de 2e et 3e cycles (décernées conjointement avec le CIRCEM et les Chaires de recherche sur la francophonie canadienne). Depuis 2010, 9 thèses ont utilisé les fonds d’archives conservées au CRCCF comme principale source de données.  Le Centre tient cette année son premier colloque étudiant, avec l’appui du bureau du vice-recteur à l’enseignement.  L’arrimage reste toutefois faible entre les cours et les programmes d’études sur les francophonies, et le CRCCF. Le recours aux ressources du Centre se fait donc au cas par cas, et dépend fortement de l’initiative des professeurs. Une meilleure intégration de l’enseignement aux activités du CRCCF donnerait plus de portée aux différentes initiatives qu’il a développée eu égard à la formation.

Le besoin d’une Chaire de recherche sur le patrimoine

Les Chaires de recherche sur la francophonie canadienne font partie intégrante du CRCCF. Elles y animent des activités dans les domaines qui lui ont donné ses lettres de noblesse, en particulier la littérature et l’histoire. Dans la perspective du développement d’une recherche plus appliquée, qui réponde aux besoins du marché du travail, l’ajout d’une Chaire de recherche sur le patrimoine franco-ontarien est essentiel. Le patrimoine est devenu une composante majeure de la vie sociale contemporaine. Des organismes internationaux comme l'UNESCO adoptent des conventions pour mieux gérer le patrimoine mondial. Les gouvernements interviennent de plus en plus dans ce domaine afin d'élaborer des politiques destinées à protéger et à promouvoir le patrimoine. Même les plus petites municipalités veulent aménager des sites ou construire des musées pour raconter leur passé, d'attirer des touristes et de faire reconnaître leur existence. Le CRCCF gagnerait fortement à mettre à profit ses ressources autour d’une activité scientifique sur le patrimoine franco-ontarien. La création d’une Chaire de recherche qui lui serait consacrée assurerait un ancrage plus fort du Centre dans des sphères professionnelles d’où il est encore absent.

La portée d’une structure d’appui au développement de projets de recherche

Dans le contexte d’une compétition accrue, le développement de bonnes demandes de financement de la recherche et l’élargissement des sources de financement sont le fer de lance de l’avenir du CRCCF.  À cet égard, et en comparaison avec les centres de recherche québécois notamment,  l’absence de professionnels de recherche se fait lourdement sentir. C’est la direction et les autres chercheurs associés au Centre qui doivent s’acquitter sans aide de la formation d’équipes de recherche, de l’élaboration des projets, de l’identification des sources de financement disponibles et de la rédaction de demandes de financement adaptées aux agences visées. Ceci limite sérieusement la capacité du Centre d’obtenir les subventions attendues pour leur projet. L’embauche d’un coordonnateur de recherche pour le chantier Éducation à mi-temps depuis janvier 2013, a montré la très grande utilité d’un professionnel offrant un tel type d’appui.

Des moyens limités pour s’acquitter de lourdes responsabilités

Les archives conservées au CRCCF s’accroissent chaque année.  Outre l’équipe des archivistes du Centre, différentes ressources sont mises à profit pour assurer leur traitement, dont l’emploi d’étudiants et l’accueil de stagiaires. L’accessibilité rapide des chercheurs à ces documents constitue un défi constant pour le CRCCF, sans compter l’aide qu’ils sollicitent pour s’y retrouver dans des archives dont les formats sont de plus en plus diversifiés. Le traitement préliminaire de 59 accroissements provenant de 35 fonds d’archives a été réalisé au cours des derniers trois ans, et rendus ainsi accessibles à la recherche. L’équipe des archives a aussi contribué à la production de deux nouvelles expositions virtuelles en 2012-2013 (Le Mouvement C’le temps et Le Règlement XVII).  A la lumière de ces réalisations, les attentes des donateurs concernant la mise en valeur des documents qu’ils nous confient sont de plus en plus élevées.

III. LES OPPORTUNITÉS

Les collaborations et partenariats développés au cours des années offrent d’importantes opportunités dont se saisira le CRCCF dans les années qui viennent.  L’Université elle-même offre un très grand potentiel pour la consolidation du Centre. Les partenariats externes auront aussi un rôle important à jouer.

Vision 2020 et la promotion de la francophonie

L’engagement de l’Université d’Ottawa de faire la promotion de la francophonie constitue le principal atout du CRCCF.  La volonté exprimée de promouvoir et de renforcer la langue et la culture françaises, en élargissant notamment la recherche sur la francophonie, s’avère la meilleure garantie du support de l’institution à nos initiatives et à notre développement.

L’Institut du monde francophone

Le CRCCF a des liens étroits avec le Collège des Chaires de la francophonie de l’Université, avec le CIRCEM et l’ILOB, avec lesquels il mène plusieurs activités. Leur projet commun de mettre l’Institut du monde francophone sur pied, sous l’égide de la Faculté des sciences sociales et de la Faculté des arts, constitue un premier pas vers l’ouverture du CRCCF à des réseaux de collaboration plus larges, devant faciliter l’émergence d’études comparatives notamment avec les autres composantes de la francophonie internationale.  

Un partenariat avec les Archives publiques de l’Ontario

Lors du lancement de nos activités le 24 septembre dernier, nous annoncions le partenariat que nous sommes à développer avec les Archives publiques de l’Ontario, pour assurer la conservation et la diffusion des archives francophones de la province.  Un groupe de travail conjoint sera bientôt mis sur pied, pour donner de la chair à ce partenariat, et discuter des ressources qui pourraient lui être attribuées. 

Une participation financière des donateurs aux activités du CRCCF

Le legs d’Yvan et Françoise Lepage a permis au CRCCF de mener plusieurs initiatives au cours des derniers trois ans : embauche d’un archiviste contractuel pour la préparation de la base de données de documents numérisés; embauche d’un coordonnateur du chantier Éducation; refonte du site web; réalisation de l’exposition virtuelle sur le Règlement XVII; etc. Et il permettra d’en développer d’autres, dans les années qui viennent. D’autres dons, provenant d’amis du Centre, nous aident aussi à conduire nos activités.  Une structure de tarification plus agressive a été mise en place, pour aider le CRCCF à continuer d’offrir le meilleur appui possible à la référence. L’évaluation monétaire des dons de personne par le Conseil national d’évaluation des archives à des fins fiscales, qui représentait près de 20% de notre budget de fonctionnement, sera désormais assumée par les donateurs.

Des collaborations des organismes publics et privés

Le CRCCF a développé au fil du temps un réseau étroit de collaborations avec les organismes de la francophonie ontarienne et canadienne qui partagent ses intérêts. Depuis les organismes de défense du patrimoine, les musées, les regroupements d’auteurs et d’éditeurs, les théâtres, jusqu’aux organismes politiques tels l’ACFO, nos liens sont nombreux.  Le Chantier Ottawa, dont le fonctionnement est financé dans le cadre du programme de Développement de partenariats du CRSH (2011-2014), en est le meilleur exemple. Ces relations constitueront un de nos principaux atouts dans l’avenir, compte tenu des exigences a accrues de partenariat pour le financement de la recherche.

IV. LES DANGERS

Le CRCCF évolue dans un environnement qui ne lui est pas toujours favorable. Œuvrant dans la langue de la minorité, sur un objet lui-même minoritaire –la langue et la culture françaises -, il doit faire face à des enjeux sur lesquels il a peu de contrôle.

Le déséquilibre des langues à l’Université d’Ottawa

Le nombre d’étudiants francophones et francophiles continue d’augmenter à l’Université d’Ottawa. Leur poids a cependant beaucoup diminué au cours des années, avec comme effet d’affaiblir les programmes d’études en français, sans compter la langue d’usage public sur le campus.  Il s’agit là d’une situation qui, à moyen et à long termes, pourrait avoir des effets négatifs sur l’utilisation des ressources du CRCCF et la participation aux événements qu’il organise.  Le destin du CRCCF est irrémédiablement lié à celui de la place du français à l’Université d’Ottawa.  Dans cette perspective, la désignation des services et programmes de l’Université d’Ottawa en vertu de sous la Loi 8 est vue comme représentant une garantie importante pour l’avenir du CRCCF.

La fragilité du champ des études sur la francophonie

Le CRCCF a besoin d’un bassin de chercheurs intéressés à la francophonie pour se développer. Or le champ des études sur la francophonie, de par sa jeunesse, reste fragile. L’embauche de spécialistes sur la francophonie et plus largement de canadianistes, à l’Université d’Ottawa et dans les autres universités canadiennes, leur engagement dans des projets de recherche qui touchent la langue et la culture françaises, ainsi que l’enseignement sur les francophonies canadiennes et nord-américaines, constituent des enjeux importants pour l’avenir du Centre. L’Université d’Ottawa est de loin le principal leader dans le domaine. Mais d’autres universités ont pris récemment des initiatives leur permettant de jouer un rôle grandissant sur ce terrain. On doit s’assurer que l’Université d’Ottawa continue d’investir dans le développement des études sur la francophonie.

V. UN LIEU-CLÉ DU DÉVELOPPEMENT DE LA FRANCOPHONIE NORD-AMÉRICAINE

Le CRCCF est un leader ontarien, canadien et international au plan de la recherche sur la langue et la culture françaises sur le continent. La collection de documents dont il dispose sur l’histoire des sociétés qui les ont tissées constitue une ressource unique, qui fait du Centre un lieu-clé du développement de la francophonie nord-américaine. L’intérêt renouvelé pour l’histoire et la mémoire, dans une francophonie qui cherche ses repères contribuera à consolider ses assises.  Le CRCCF est un acteur premier de cette « conversation » avec l’histoire qui s’installe tant au sein du monde universitaire que gouvernemental et communautaire.

La Faculté des arts peut s’enorgueillir d’abriter le CRCCF. La portée du CRCCF dépassant largement les murs de la Faculté des arts, celle-ci devrait pouvoir toutefois recevoir une compensation financière pour son maintien et sa consolidation.  Le Centre constitue un des principaux maillons par lesquels l’Université d’Ottawa s’acquitte de son mandat envers la francophonie ontarienne. Il est de sa responsabilité d’assurer qu’il dispose de tous les moyens nécessaires pour s’acquitter de sa mission.


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