La saison des colloques

Publié le vendredi 13 mai 2016

Pendant les mois de mai et juin, les universitaires, la chose est connue, participent à des colloques.  C’est l’occasion de retrouver des collègues que l’on n’a pas vu depuis longtemps, d’en rencontrer de nouveaux et de s’aérer les neurones, comme je le dis souvent. 

Il se trouve que j’ai pu assister à deux colloques fort intéressants, et inter-reliés entre eux, durant les deux dernières semaines.  Le premier avait lieu à la Faculté des arts de l’Université McGill et il était organisé par le département de traduction; il portait surtout sur la socio-linguistique et la gestion des langues dans le monde.  Le second se tenait à l’UQAM et abordait la question du pouvoir chez les minorités francophones du Canada.

 Le premier colloque m’a éveillé à des réalités linguistiques que je connaissais peu ou mal, notamment au Kenya, au Nigeria, au Kazakhstan, en Inde, en Finlande, en Afrique du sud, en Chine, en Algérie et au Burundi.  Il est étonnant de constater à quel point nos problèmes linguistiques au Canada sont somme toute minimes à côté de certaines situations.  Deux constantes ressortent de ces exposés : d’une part, l’anglais est partout la lingua franca et les états ne semblent pas trop savoir comment contrer le phénomène, même que certains lui font une large place; d’autre part, le monde académique semble favoriser la diversité linguistique la plus grande possible et cherche des façons de légitimer des langues minoritaires.   Je n’ai pas pu assister aux plénières qui portaient sur les langues autochtones, mais on m’a dit que c’était fort intéressant.  Je prédis que le dossier des langues autochtones sera un des dossiers chauds au Canada dans les décennies à venir, à la suite des appels de la Commission Vérité et Réconciliation sur les pensionnats autochtones dont quelques recommandations portent sur cette question.  De plus, certaines personnes ont prononcé des conférences plus générales, dont celle de François Grin, un économiste qui verse dans la socio-linguistique et l’un des meilleurs de sa profession.  François est à la tête d’un méga-projet linguistique européen intitulé Mobilité et inclusion dans une Europe multilingue, qui comprend des volets politique, social, administratif, éducatif et un aspect médiation entre le savoir savant et la dissémination publique.  Sa présentation a justement analysé le rapport entre mobilité – terme qu’il préfère à migration ou immigration – et intégration linguistique.  Nous avons aussi entendu des représentants de Patrimoine Canada et des trois commissariats linguistiques du sud (Fédéral, Nouveau-Brunswick et Ontario, car il y en a une au Nunavut et aux TNO), qui ont discuté de l’aspect économique des politiques linguistiques, pour tous et toutes conclure qu’au fonds une politique linguistique est fondée sur des valeurs et non des analyses de coûts-bénéfices.

 Le second colloque, sous l’égide de l’ACUFC, était organisé par le réseau de recherche sur la francophonie canadienne, dont est membre le CRCCF, et portait sur le pouvoir en francophonie.  La conférence d’ouverture de mon collègue Me Michel Doucet a exploré la dimension politique des recours judiciaires, puisque force a été de constater d’emblée que les minorités francophones ne contrôlent aucun gouvernement ni aucun parlement.  La Cour demeure un des seuls endroits où elles peuvent exercer du pouvoir, fusse-t-il judiciaire.  Par la suite, plusieurs chercheurs et chercheures de la jeune génération ont présenté le fruit de leurs réflexions, autour de la notion même de pouvoir, de sa forme, des lieux de son exercice et de son absence.  Si j’ai encore dû m’absenter pour une des tables-rondes, j’ai assisté à celle qui interrogeait le rôle des organismes de représentation de la francophonie, dont la FCFA.  Celle-ci se questionne constamment sur sa légitimité réelle et la forme de sa représentativité.  Si les politologues constatent souvent l’absence d’institutions politiques de représentation de la francophonie canadienne hors-Québec, la réflexion sur la forme que celle-ci pourrait prendre, dans les contraintes institutionnelles qui sont les nôtres, n’est qu’embryonnnaire.

 En conclusion, l’interdisciplinarité, pour qu’elle devienne réelle, nécessite que l’on sorte de ses réseaux professionnels habituels et que l’on aille frotter ses idées à celles des collègues qui analysent les mêmes problèmes avec d’autres lunettes.  C’est un exercice que je pratique avec bonheur depuis plus de 15 ans maintenant et qui m’aide à donner un sens et un contexte aux concepts que j’explore et aux enjeux qu’ils peuvent provoquer.

 La saison des colloques se poursuit, les publications s’ensuivront!

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