Chantier Éducation

Chantier Éducation : Éléments de contexte

Le Chantier éducation se propose de conduire une réflexion multidisciplinaire et pluri-universitaire pour promouvoir la recherche sur différents thèmes de l’histoire de l’éducation de langue française en Ontario portant sur des enjeux historiques qui ont encore de profondes résonnances dans les débats contemporains. Or, on ne peut que constater le nombre limité d’études sur les rapports qu’entretiennent les Franco-Ontariens avec le système scolaire, qui ne nous permet pas toujours d’aborder les enjeux sociaux et les problématiques éducatives contemporaines dans une perspective sociohistorique. Le Chantier se veut un espace de recherches, de collaboration et de discussion entre chercheurs et chercheures de disciplines diverses autour du champ d’étude qu’est l’éducation en Ontario français, ses institutions, ses finalités et son rôle.

Les recherches sur l’histoire de l’éducation de langue française en Ontario portent essentiellement sur les luttes et les conflits scolaires et linguistiques qui revêtent un caractère emblématique et qui ont frappé l’imaginaire collectif franco-ontarien, notamment la crise du Règlement XVII (1912-1927). Elles traitent peu des éléments majeurs qui caractérisent un système scolaire (paliers administratifs, dynamiques locales, services éducatifs, personnel dirigeant et enseignant, expérience scolaire des élèves, etc.). Ainsi, si les revendications et les luttes scolaires constituent un moment clé de l’histoire des Franco-Ontariens et de la formation de leur identité, il reste que l’historiographie a négligé l’évolution et les transformations internes de leur système d’éducation.

Comparativement aux progrès réalisés depuis les dernières décennies par de nombreuses disciplines pour retracer la genèse des francophonies canadiennes et problématiser leurs enjeux sociétaux, force est de constater que d’importantes zones d’ombre subsistent toujours au sein du champ historiographique de l’éducation de l’Ontario français malgré une abondance de sources. Dans ce contexte, la production de recherches qui combinent les travaux existants et les études inédites, qui embrasse les perspectives et les approches méthodologiques et interprétatives propres à la discipline de l’histoire, des sciences sociales et des sciences de l’éducation et qui renouvellent le savoir historique en s’appuyant sur un corpus documentaire diversifié, s’avère des plus pertinente. Par ailleurs, ces études s’imposent pour répondre aux besoins des professeurs, des chercheurs, des étudiants, du grand public et des représentants des instances publiques qui cherchent à appuyer leur réflexion sur les questions éducatives d’hier et d’aujourd’hui et pour identifier des solutions concrètes aux défis de demain.

Cette importance accordée à l’historicité des enjeux éducatifs et des processus sociaux en Ontario français fait déjà partie de la réflexion entreprise par les partenaires du Chantier Éducation. Cette réflexion a permis de dégager cinq volets principaux auxquels s’articuleront des projets de recherche ponctuels et des travaux de grande envergure.

  • Le volet « État et communautés »
  • Le volet « Institutions, réseau associatif et projet éducatif »
  • Le volet « Immigration et diversité culturelle »
  • Le volet « École et société »
  • Le volet « Expérience scolaire »

États et communautés

Ce volet examine les rapports entre l’État et les communautés francophones dans le champ scolaire. Les communautés francophones évoluent au sein d’institutions et de structures politiques, juridiques, administratives et financières pré-existantes, mises en place par les États (provincial et fédéral), qui sont souvent les seules à assurer à la minorité francophone un certain pouvoir ou une influence dans la prise de décisions politiques. Ce volet s’intéresse aux moyens utilisés sur les plans politiques, légaux et juridiques par les représentants de la minorité francophone au sein des institutions publiques qui agissent à titre d’intermédiaires de la population francophone pour faire valoir ses droits et ses revendications scolaires. D’autre part, les institutions sont souvent témoins des réformes internes engagées par les milieux scolaires pour améliorer l’offre éducative à l’intention des parents et des enfants francophones et pour légitimer aux yeux des pouvoirs publics anglophones le principe d’une éducation de langue française en Ontario. Enfin, les rapports avec l’État s’expriment aussi à l’extérieur des institutions publiques dans des espaces de contestation sociale et revêtent un caractère populaire lorsque la population francophone revendique des services éducatifs en français sous forme de pétitions, de manifestations, de boycottages et de pressions politiques de toutes sortes.

Institutions, réseau associatif et projet éducatif

Ce volet renvoie au processus de mise en place des premières institutions éducatives de langue française en Ontario, de la deuxième moitié du XIXe siècle jusqu’à la fin du XXe siècle avec le parachèvement scolaire à la fin des années 1990. Il s’intéresse aussi au projet éducatif des élites franco-ontariennes qui s’insère dans un projet de société destiné à aménager un espace francophone au sein duquel l’école constituerait le point d’ancrage d’une communauté et jouerait une fonction de production/reproduction culturelle et de production/reproduction sociale. À ce titre, la formation d’une élite, ses lieux de pouvoir et de sociabilité et ses canaux de diffusion prennent une importance particulière pour comprendre l’élaboration du projet éducatif et l’institutionnalisation de l’éducation de langue française en Ontario. La formation d’un réseau associatif au tournant du XXe siècle et son rôle dans la formulation du projet éducatif et le développement du réseau scolaire franco-ontarien représente un autre aspect important de ce volet à étudier. L’essor du réseau associatif, surtout après la Seconde Guerre mondiale, joue un rôle très déterminant dans la démocratisation du système scolaire de langue française, alors qu’une diversité croissante d’acteurs participe aux débats politiques concernant l’éducation. Enfin, l’évolution du projet éducatif, fondé d’abord sur trois piliers (foi, langue, histoire), puis davantage centrée sur la langue et la culture française dans les années 1970 et qui s’ouvre au pluralisme culturel et religieux dans les années 1990, constitue un autre aspect important de ce volet.

Immigration et diversité culturelle

Ce thème réfère essentiellement aux transformations de l’école franco-ontarienne, surtout à partir des années 1990, qui fait face à la montée de la diversité linguistique, culturelle et religieuse parmi sa clientèle scolaire avec la croissance de l’exogamie et des vagues d’immigration qui renouvellent le tissu social et identitaire de la francophonie ontarienne. Les recherches sur ce thème mettent en lumière les nouvelles fonctions de production identitaire jouées par l’école franco-ontarienne dans un contexte grandissant de pluralisme culturel et religieux qui interpelle le milieu scolaire francophone. Ces transformations sur la mission de l’école de langue française ont de profondes répercussions sur les programmes d’études, la formation des enseignants, les services éducatifs et le projet de construction identitaire proposé par les milieux scolaires. Ce volet s’intéresse aussi à l’adaptation des milieux scolaires francophones aux nouvelles conditions socioculturelles qui caractérisent le secteur éducatif de langue française afin de favoriser l’apprentissage de l’enfant, son intégration sociale et la transmission de la langue et de la culture française. Enfin, ce thème renvoie à l’expérience historique – qui remonte à plus longtemps qu’aux années 1990 – de mixité culturelle vécue par les Franco-Ontariens et de leur cohabitation avec d’autres groupes ethnoculturels au sein de l’appareil scolaire.

École et société

Ce quatrième volet s’intéresse aux dynamiques locales entre l’administration scolaire et la population franco-ontarienne. Les commissions scolaires disposaient d’une marge d’autonomie vis-à-vis du pouvoir central pour mettre en place des services éducatifs de langue française. De plus, les commissions scolaires constituaient une instance politique favorisant la formation d’une élite sociale et éducative et l’exercice de son pouvoir, d’une part, et la participation populaire à des enjeux locaux, d’autre part. À ce titre, les commissions scolaires agissaient à titre d’instance politique et sociale au cœur des communautés francophones dans un contexte minoritaire. Ce volet se propose donc d’examiner le rôle sociopolitique de l’institution éducative dans la société francophone en s’intéressant à la participation populaire à l’aménagement d’un espace éducatif, aux rapports entre gouvernants et gouvernés au sein de l’administration scolaire, à l’offre des services éducatifs mises en place par les dirigeants scolaires et à la demande sociale en éducation formulée par la population. Le volet École et société analyse les rapports de pouvoir (relations politiques) entre gouvernants et les gouvernés franco-ontariens au sein des administrations scolaires et le rapport au pouvoir (partage des pouvoirs et des responsabilités scolaires) entre les différents groupes de la société à l’échelle locale, ainsi que leurs retombées dans la structuration d’un espace francophone en milieu minoritaire.

Expérience scolaire

Enfin, le dernier volet se concentre sur l’expérience vécue par les élèves et le personnel enseignant au sein du système scolaire en tant que processus de scolarisation et de socialisation. Il se penche sur le rôle de l’école dans la construction identitaire de l’élève, dans son intégration à la société et au marché du travail et dans la formation à la citoyenneté. L’étude des programmes d’études et des manuels scolaires représentent une source privilégiée pour comprendre les processus d’apprentissage et de construction identitaire à l’œuvre au sein de l’école. De plus, ce volet se penche sur la formation des enseignants francophones, leurs conditions de travail et salariales, les causes d’émergence du militantisme syndical, ainsi que l’évolution de la profession à travers les débats et les luttes liés à la condition enseignante en Ontario français. Enfin, l’accessibilité à l’éducation d’après des variables comme les régions (urbain/rural), le genre, la classe sociale, la langue ou la religion, le niveau d’enseignement (primaire/secondaire) ou le type d’institutions (privées/publiques) représente une composante essentielle de ce volet de recherche qui permet de définir les conditions de scolarisation parmi la population franco-ontarienne et leurs répercussions dans les processus de production et de reproduction sociale.

Chantier Éducation

Document de synthèse

Haut de page