Chantier Ottawa

Ère de transformation

Ottawa, capitale contestée. Au milieu du 19e siècle, la désignation d’Ottawa comme capitale du Canada-Uni (1857) et de la Confédération (1867) attire dans la ville une élite canadienne-française laïque et cléricale qui, en s’ajoutant à une classe ouvrière déjà présente dans l’industrie forestière, entre autres, depuis le début du siècle, contribuera graduellement à faire de la ville l’un des trois principaux centres intellectuels, culturels et institutionnels du Canada français, avec Québec et Montréal. Le déclin du projet national canadien-français, après la Seconde Guerre mondiale et à plus forte raison au moment de la Révolution tranquille des années 1960, fera en sorte que le rôle de « métropole » d’Ottawa sera largement redéfini en fonction du seul espace franco-ontarien. Or, au même moment, Ottawa verra son statut informel de « capitale » de l’Ontario français contesté par d’autres centres franco-ontariens en pleine expansion institutionnelle (et parfois démographique) dont, au premier chef, Sudbury, dans le Nord de l’Ontario, puis Toronto, dans le Sud. De nombreux événements en font foi.

Ottawa, un espace sous tension. Ottawa est un lieu de vie française depuis les premiers établissements européens dans la région, au début du 19e siècle. La construction du canal Rideau, l’industrie forestière, la désignation de la ville comme capitale, puis son virage vers la haute technologie en ont fait le plus important lieu de vie française hors du Québec. Le partage du territoire au quotidien avec une majorité anglophone qui n’est pas toujours sensible à ses besoins et aspirations a suscité tout au long de l’histoire de la ville de multiples tensions. L’attraction exercée par Ottawa sur l’Est de l’Ontario d’une part et l’Outaouais québécois d’autre part n’est pas sans effet sur la dynamique de l’espace communautaire et des modalités de son usage par les acteurs tant individuels qu’institutionnels. L’évolution de divers quartiers – Vanier, Orléans, les Plaines LeBreton pour ne nommer que ceux-là - en témoigne. Tant la trame urbaine que le bâti s’avèrent ainsi des références uniques pour retracer les milieux géographiques sur lesquels se fonde l’identité des francophones de la région et le sens qu’ils prennent dans leur rapport à l’Autre.

Ottawa, les luttes de la minorité. De nombreuses luttes ont ponctué l’histoire d’Ottawa, capitale de la vie française. Les gains obtenus ont donné à la francophonie locale de meilleures assises institutionnelles, dans différents domaines de la vie collective. Ces luttes ont souvent eu une résonnance provinciale, voire nationale, tels l’épisode Montfort ou encore le bilinguisme à la nouvelle ville d’Ottawa. Outre l’enjeu linguistique, elles renvoient aux représentations mêmes de la communauté, à sa mémoire, à ses projets, ainsi qu’aux enjeux de sa reconnaissance. Elles attestent d’une vie politique « mouvementée ».

Ottawa, la production d’une culture. Dans les sociétés sans territoire, ou lorsque celui-ci est plus flou, comme à Ottawa, la culture prend une dimension symbolique souvent plus grande du fait qu’elles sont dans une situation de minorisation contre laquelle elles doivent se prémunir. Ainsi, la culture y apparaît comme un lieu particulièrement intense de construction de la mémoire. C’est ainsi que la littérature, le théâtre en particulier, s’est érigée comme un des principaux canaux d’affirmation de la présence française dans la région, profitant d’institutions qui ont rayonné sur l’ensemble du Canada français dès le milieu du 19e siècle. Avec elles, s’impose l’image d’Ottawa, principal lieu de vie française en Ontario. L’affirmation culturelle d’Ottawa ne se vit cependant pas sans heurts : conflits de génération, luttes entre le Nord et l’Est jalonnent son histoire. Plus récemment, deux visions s’opposent de la littérature et plus largement des arts, comme porte-étendard de la minorité ou comme lieu d’accès à l’universel. Les débats qui ont eu cours dans les institutions culturelles sont l’expression de ces enjeux. Les textes sur Ottawa, ou la vision du monde des auteurs et artistes d’Ottawa et les conditions de leur réception sont aussi d’importants lieux de mémoire. Nous les étudierons à la manière de Pascale Casanova, comme l’expression d’un rapport dynamique aux enjeux concrets de la situation de la francophonie tant locale et régionale que provinciale et nationale.

Consultez la chronologie Ottawa, Capitale : de 1960 à nos jours, qui reconstitue les grands événements qui ont marqué la capitale et ses citoyens.

Lien : http://www.dipity.com/ChantierOttawaCRCCF/Ottawa-Capitale-De-1960-a-nos-jours

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