Les anges de la langue : tout près, à l’autre bout du monde

Publié le lundi 8 mai 2017

« Ange de la langue » Lolita discute avec l'étudiante Mikaela au moyen de Skype.

En matière d’apprentissage d’une langue étrangère à l’université, la méthode traditionnelle consiste à suivre des cours dans de grandes classes, à faire des exercices par écrit et à pratiquer la conversation une fois par semaine avec des assistants d’enseignement. Cependant, Cristina Perissinotto, coordonnatrice du programme d’italien et professeure agrégée au Département des langues et littératures modernes, est en train de défier les conventions avec son cours d’italien en mode hybride. En effet, Mme Perissinotto a incorporé la technologie à distance, en l’occurrence des séances Skype, au programme d’italien, ce qui permet aux étudiants de communiquer avec des tuteurs surnommés des «anges de la langue». Cette méthode pédagogique comporte plusieurs avantages. Pour en savoir plus, j’ai rencontré quatre étudiants qui suivent le cours de la professeure.

Est-ce la première fois que vous communiquez à distance avec vos tuteurs, sur Skype?

Navid : Oui. Cela me rappelle les années 80, quand j’avais un correspondant aux États-Unis. Nos échanges par lettre m’ont aidé à perfectionner mon anglais. Sauf que pour avoir une réponse à une question, je devais attendre tout un mois!

Mikaela : Oui! Je n’avais jamais entendu parler de ceci avant de commencer le cours. À ma connaissance, aucun autre cours n’offre quelque chose de semblable.

Coralie : Oui, c’est la première fois que je communique avec un tuteur par Skype.

Max : C’est la première fois que j’entre en contact avec un tuteur par Skype dans ce contexte, c’est-à-dire, alors que je suis dans le rôle de l’étudiant. Mais j’ai déjà fait du tutorat par Skype : j’aidais des étudiants en Corée à apprendre l’anglais avec des leçons en format conversationnel. Mais en ce qui concerne l’apprentissage d’une langue seconde, je n’ai jamais reçu de leçons par Skype, seulement en présentiel.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de votre première séance Skype avec votre « ange de la langue »?

Navid : J’étais vraiment content de pouvoir enfin parler à une locutrice native. J’essayais tant bien que mal d’imiter son accent, mais j’avais de la difficulté à prononcer les paroles parfaitement.

Mikaela : La première séance a été sans conteste la plus angoissante, parce que je m’inquiétais de commettre des gaffes. Je me souviens que vers le milieu, alors que j’essayais d’expliquer ce que j’allais faire le week-end suivant, ma tutrice a été extrêmement patiente et m’a aidé à trouver ou retrouver les mots qui me manquaient. J’ai pu ensuite me détendre pendant le reste de la séance.

Max : Ce qui m’a le plus étonné lors de ma première séance, c’est à quel point nous nous sommes présentés à fond. J’avais le trac et je ne savais pas si je pourrais aller jusqu’au bout d’une leçon de 30 minutes avec un parfait inconnu. Je m’efforçais de ne pas fixer l’écran de manière gauche, tout en essayant nerveusement de trouver un sujet de conversation. Je crois que c’est ce malaise de ma part qui m’a incité à me dévoiler plus que je ne le ferais d’ordinaire. Simplement, chacun nous s’est décrit lui-même, sa ville, sa vie familiale. Nous avons même un peu discuté du programme des « anges de la langue » en soi. J’ai aussi parlé un peu de mon ascendance italienne et de la famille que j’ai en Sicile. Il y a bien eu quelques silences gênants pendant cette première leçon, mais j’ai été agréablement surpris par le rapport instantané que nous avons établi pendant notre première séance de clavardage.

Coralie : Ce qui a été le plus mémorable concernant ma première séance Skype avec mon « ange de la langue » c’est à quel point les Italiens parlent vite! Dans nos cours, les professeurs prennent le temps de bien prononcer chaque parole et d’insister sur la syntaxe, pour s’assurer que nous avons bien compris, alors la conversation avec mon « ange de la langue » a représenté tout un défi inattendu. On se rend compte aussi qu’on possède un vocabulaire plutôt limité, donc il est important d’ouvrir les oreilles et d’être attentif aux expressions faciales, afin de bien saisir ce qui a été dit.

Parlez-moi un peu de votre «ange de la langue ». Est-ce que vous en avez changé pendant le trimestre?

Navid : Elle m’a beaucoup aidé avec mes devoirs, mais elle avait une vie très occupée : enseignante, grand-maman, etc. J’aurais voulu qu’on puisse converser par Skype plus qu’une heure par semaine. J’aime les langues, et surtout, la lingua dell'italiano.

Mikaela : Notre professeure et notre assistante d’enseignement ont affecté un « ange » à chacun d’entre nous et mis en place un clavardage sur Skype, tout en s’assurant que nous pouvons nous connecter. Puis, nous clavardons avec notre « ange » pour fixer une heure convenable pour les deux et on communique une fois par semaine, tout au long du trimestre. Ils nous posent des questions sur un sujet que nous avons vu en classe, puis on passe à des sujets de conversation générale.

Max : Mon « ange de la langue » s’appelle Alberto. Il habite à Fabro, une petite commune située en Ombrie, en Italie centrale. C’est un ingénieur local dans la trentaine, marié, avec une petite fille prénommée Elena. Alberto est un grand fan du club de soccer Juventus (comme moi, d’ailleurs). Il n’avait jamais assumé un rôle de tuteur dans un contexte comme celui-ci et il parle très peu l’anglais. Nous sommes deux étudiants dans mon cours à nous le partager. Sa femme est également un « ange de la langue » pour un autre de mes camarades. Je crois comprendre que nous allons conserver le même « ange de la langue » pendant tout le trimestre.

Coralie : En ce qui concerne ce trimestre, je communique avec le même « ange » toutes les semaines, donc notre relation se développe. Par exemple, j’ai remarqué qu’elle a commencé à s’exprimer moins vite pour s’assurer que je puisse suivre son rythme. Nos conversations sont devenues moins axées sur la description de soi et comportent plus d’histoires à partager, comme lorsqu’on noue normalement une amitié.

Parlez-moi de la meilleure conversation par Skype que vous avez eue ce trimestre avec un « ange de la langue ».

Navid : La meilleure conversation par Skype que j’ai eue avec un « ange de la langue » ce trimestre portait sur la grammaire.

Mikaela : Le meilleur clavardage que j’ai eu de tous était probablement ma quatrième séance. Pendant les trois premières, j’étais un peu nerveuse à l’idée de ne pas participer assez à la conversation, alors je préférais juste écouter et intervenir un peu çà et là. Puis, à la quatrième séance, je me suis rendu compte que si je ne m’efforçais pas un peu plus, mes compétences en communication orale n’allaient jamais s’améliorer. J’ai donc essayé de répondre aux questions de mon « ange » avec davantage de détails et de choisir les sujets. Je me suis tellement amusée que je n’ai pas cessé de rire pendant presque toute la séance. C’est la meilleure conversation, et la plus longue, que nous avons eue jusqu’à présent.

Max : La meilleure leçon par Skype que nous avons eue pour l’instant a été la fois où nous avons discuté des actualités dans nos pays respectifs. Nous avons naturellement abordé la crise des migrants en Europe. C’est une question qui touche le Canada aussi, mais pas dans les mêmes proportions, bien sûr, vu que l’Italie se trouve sur les premières lignes de la crise. Nous avons parlé du comportement général des Italiens envers les réfugiés et de l’augmentation des groupes sectaires en Italie. C’était vraiment intéressant de discuter avec quelqu’un et de constater comment les perspectives diffèrent entre l’Amérique du Nord et l’Europe, et d’obtenir des témoignages en direct. Au cours de cette séance, nous avons également parlé des tremblements de terre qui ont eu lieu en Italie centrale en 2016.

Coralie : Ce que j’aime surtout de ces séances hebdomadaires, c’est ce désir de vouloir demeurer au fait de la vie de l’autre. Ce que je veux dire par là, c’est qu’on se raconte les activités menées la semaine dernière et celles qu’on compte entreprendre bientôt. Ainsi, on a un aperçu des différences culturelles entre nos pays et nos vies.

Quels avantages considérez-vous avoir par rapport aux étudiants qui ne bénéficient pas de cette opportunité?

Navid : Apprendre une langue en utilisant Skype est bien plus efficace, car on apprend à prononcer les mots correctement. C’est pourquoi j’apprécie la mia professoressa, Cristina Perissinotto, qui a établi, géré et supervisé ce projet de conversations avec des locuteurs natifs en italien.

Max : Dans mes autres cours de langue, la seule occasion qui se présente pour pratiquer la langue a lieu pendant les activités des groupes de discussion (DGD). C’est utile, certes, mais ça ne se compare pas aux séances Skype. Quand on doit s’efforcer continuellement de comprendre et de formuler des réponses instantanées, on met ses connaissances à l’épreuve, et c’est, à mon avis, la meilleure façon d’apprendre une langue. Le cours en soi est formidable, mais les séances Skype enrichissent vraiment l’expérience et favorisent l’assurance dans la communication orale. En plus, c’est vraiment sympa de nouer une amitié avec quelqu’un qui habite aussi loin et qui mène un style de vie qu’on n’aurait jamais connu autrement.

Mikaela : Je trouve que ce programme comporte des avantages non seulement par rapport à mes compétences linguistiques et conversationnelles, mais aussi en ce qui concerne la découverte d’une autre culture. J’apprends sur les sports, l’art et la musique. Bien sûr, nous voyons ces choses en classe aussi, mais ici, on constate en direct l’importance qu’elles ont dans la société de l’autre (ainsi que me l’apprend Alberto gentiment). Grâce à ce programme, nous conversons avec une personne qui est au cœur de la réalité de la langue italienne. Plus d’une fois Alberto m’a fait remarquer qu’un terme que j’avais employé, car je l’avais appris en classe ou en ligne, s’employait peu, en fait, en Italie, ou était carrément un anglicisme. En parlant avec un locuteur natif en italien qui habite en Italie, j’ai pu comprendre la langue de manière concrète au lieu de m’en tenir à l’approche théorique apprise en classe. On est bien mieux préparé si on veut voyager dans le pays, c’est certain.

Coralie : L’avantage de cette opportunité, c’est de participer à un dialogue dans la vie réelle. Nos cours nous apprennent à écrire, à prononcer et à parler, mais ce genre d’activité exige une réflexion critique et l’application instantanée des compétences acquises. En communiquant avec mon « ange de la langue » par Skype, je suis obligée de corriger ma conjugaison et d’élargir mon vocabulaire personnel, si je veux proposer de nouveaux sujets de conversation et les comprendre.

 

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