Chad Gaffield nommé officier de l'Ordre du Canada

Publié le mercredi 30 août 2017

Chad Gaffield

Photo par Vincent Carbonneau, Rideau Hall, © BSGG, 2017.

Chad Gaffield, professeur d’histoire à la Faculté des arts, a récemment été nommé officier de l’Ordre du Canada. Établi par la reine Elizabeth II en 1967, l’Ordre du Canada a souligné cette année le « leadership dans la collaboration multidisciplinaire et pluri-institutionnelle à titre d’historien et d’administrateur, et son travail novateur dans les sciences humaines numériques » du professeur Gaffield. La Faculté des arts s’est entretenue avec lui pour en apprendre davantage.

Où étiez-vous lorsqu’on vous a annoncé votre nomination en tant qu’officier de l’Ordre du Canada? Quelle a été votre réaction?

J’étais à l’extérieur, je crois, en train de placer quelque chose dans notre garage et ma femme m’a dit : « Le gouverneur général est au téléphone! » L’Ordre a un long processus de sélection et le gouverneur général a le privilège de contacter ceux qui sont choisis, et j’y figurais. La nouvelle m’a coupé le souffle, c’est fascinant la manière dont votre corps réagit à quelque chose comme cela. C’était si inattendu, j’en étais bouche bée, excité et très étonné.

Je suis persuadé que votre femme vante vos exploits.

(Rires) Vous savez, l’Ordre du Canada est connu bien au-delà des campus. Le monde universitaire forme une sorte de microculture, et ce qui a une grande signification pour nous n’a pas nécessairement de résonance auprès du grand public, mais cette nouvelle attire beaucoup d’attention.

En effet. Qu’est-ce que l’Ordre du Canada signifie pour vous?

Deux pensées me viennent à l’esprit. Il s’agit d’abord d’une célébration d’une approche considérée digne d’intérêt. Et ensuite, c’est extrêmement motivant. J’ai le sentiment d’être propulsé vers l’avant, un sentiment qui me rappelle mon doctorat. Les gens qui connaissent le plus de succès sont ceux qui doutent toujours; on croit qu’on peut toujours faire un peu plus, un peu mieux ou différemment. C’est merveilleux de recevoir ce prix qui signifie que le Canada m’encourage à continuer.

Ce doit être incroyablement excitant, surtout pour un historien et un universitaire. Vous avez d’ailleurs été reconnu pour votre travail en tant que pionnier des sciences humaines numériques, le nouveau programme de l’Université d’Ottawa. Pourquoi avoir tant donné à ce domaine?

Pour moi, ce programme est le fruit de quelque chose qui a débuté dans les années 70 lorsque j’étais moi-même étudiant. J’ai réalisé que si je désirais étudier le passé, je devais tirer profit des ordinateurs. Notre mission, autrefois, était d’amasser et d’étudier les preuves qui ne figuraient pas dans les grands discours, dans les journaux ou les documents historiques. Nous étions convaincus que nous devions comprendre l’histoire de l’anonyme avant de pouvoir espérer comprendre le changement. Les ordinateurs nous permettaient de construire une base de données avec l’information à propos de l’endroit où les gens vivaient, avec qui ils étaient mariés, combien d’enfants ils ont eus, où ils travaillent, où ils avaient déménagés, et ainsi de suite.

Alors les sciences humaines numériques sont fondamentalement l’étude des gens?

Exactement. Nous pouvons étudier des groupes qui ont été écartés de l’histoire, ou encore ignorés, l’histoire des femmes, par exemple. Au départ, les historiens ne se mêlaient pas à la technologie. Nous étions censés lire des livres par les grands hommes de cette époque, et admettons-le, nous nous concentrions sur ceux qui étaient officiellement au pouvoir. Cependant, il y avait des preuves à propos de la vie des femmes, mais ce n’était pas le même genre de preuves que celles que nous utilisions afin d’étudier les leaders politiques ou religieux.

Alors pourquoi pensez-vous qu’il est important pour les chercheurs (jeunes comme chevronnés) d’utiliser une approche multidisciplinaire afin étudier les sciences humaines?

Nous devons célébrer l’idée que la différence peut être positive et possiblement enrichissante. L’uniformité et l’homogénéité sont la voie vers la faiblesse et la vulnérabilité, la recette d’un désastre. La diversité, c’est la force. Sur le campus, nous voyons de plus en plus d’étudiants choisissant plusieurs programmes; ils mélangent et combinent des majeures et des mineures. Un de mes étudiants étudie l’histoire et la biologie, et je trouve cela fantastique! C’était difficile de faire cela auparavant et je crois vraiment que nous devrions encourager ainsi le développement d’expériences uniques, de nouvelles idées et d’une façon de penser innovatrice.

J’aime ce que vous avez dit à propos de célébrer diverses approches tout en ayant une solide fondation comme point de départ. Quels seraient votre fondation ou vos intérêts de recherche?

Il n’y a pas de doute que je vois le monde à travers mes yeux d’historien. J’étudie le dernier grand changement, c’est-à-dire la migration du monde agricole rural vers un monde urbain industriel. J’étudie la fin du 19e siècle jusqu’au début du 20e et j’analyse les changements fondamentaux liés à l’infertilité montante, l’émergence de l’éducation de masse, la langue parlée par les gens à l’époque,
des questions d’organisation en matière de compétence. Si nous pensons aux changements profonds qui ont eu lieu entre 1850 et 1950 en Amérique du Nord, particulièrement au Canada, nous avons beaucoup d’archives sur ce qui est arrivé. C’est un bon moyen pour démystifier ce qui se passe de nos jours.

Pensez-vous que vos intérêts de recherche ont évolué au fil des années?

Je dirais que je suis de plus en plus convaincu de deux choses. La première, nous devons faire des liens sur le campus en ce qui concerne l’expérience étudiante et notre propre recherche. La seconde, nous devons nous attarder à la société dans son ensemble. Le Canada à l’échelle internationale est un joueur intéressant, et nous pouvons contribuer globalement. Cela ne vient pas de moi, il s’agit des sciences humaines et de la société plus large.

En tant qu’enseignant à la Faculté des arts, quelle facette de votre carrière a été la plus satisfaisante? Ou plutôt, vous arrive-t-il d’être satisfait tout court?

Afin d’apporter une contribution significative, il faut régulièrement penser à ce qui peut être amélioré. Bien sûr, on veut sentir qu’on va de l’avant. C’est une ère très excitante à la Faculté. Nous avons engagé des professeurs merveilleux et dynamiques; je sens l’excitation simplement en les appuyant. J’essaie de m’assurer que ma génération ne coince pas la nouvelle génération ou les force à être comme nous. Les gens comme moi, qui voient toujours l’amélioration à faire, comptent sur la nouvelle génération pour changer les choses, sentir qu’ils peuvent le faire. Le nouveau doyen de la Faculté est formidable, puisqu’il tire avantage de toutes les institutions autour de l’Université. Il y a évidemment toujours quelque chose à améliorer, mais je suis très fébrile à propos de l’avenir de notre Faculté.

Vous faites vraiment un travail exceptionnel, et ça ne passe pas inaperçu. De la part de la Faculté, nous aimerions vous féliciter encore une fois pour votre remarquable accomplissement. 

Haut de page