Humoriste littéraire

Publié le jeudi 1 octobre 2015

Katherine Levac

Par Mireille Piché

Spontanément, l’humoriste Katherine Levac m’a dévoilé cinq mots pour décrire son style d’écriture. À partir de son baccalauréat en lettres françaises et théâtre à l’Université d’Ottawa (B.A. 2011) et de son passage à l’École nationale de l’humour jusqu'à sa carrière actuelle à la télé, Katherine a élargi son cercle d’admirateurs. Depuis qu’elle a décroché le prix Découverte de l’année au Gala Les Olivier 2015, on la suit un peu partout à la télévision et on s’amuse à regarder encore et encore ses clips de Paidge Beaulieu à SNL Québec ou ses numéros inspirés par son passé agricole. Entrons maintenant dans l’univers de celle qui écrit installée confortablement dans son lit entourée d’oreillers. Silence. Rideau. Voici comment ses mots se transforment avant d’arriver sur scène.

1. Son style d’écriture est… Concis

Être humoriste, c’est être un peu obsédé avec la longueur des textes.

«On se demande constamment, est-ce trop long?» souligne Katherine Levac. Mais comme elle l’explique, son cerveau s’y est adapté. Elle a appris à couper. Avec le temps, son objectif est devenu d’essayer de dire quatre phrases en quatre mots.

«On m’a déjà dit, dans mes premières auditions: tu vas lire le texte, et chaque fois qu’on ne va pas rire, tu vas l’enlever. Ça m’est resté!».

C’est pour cela que lorsqu’elle écrit, Katherine étale toutes sortes de notes autour d’elle, que ce soit dans des cahiers ou sur les enregistrements qu’elle a captés sur son téléphone cellulaire.

«Mes enregistrements audio sont très utiles! Quand je teste mes numéros devant un public, je peux parfois faire de l’improvisation, et les phrases peuvent sortir de façon plus naturelle. Dans ce cas‑là, je change mon document original. C’est la seule façon de retrouver ce que j’ai dit exactement. Sinon, les blagues sont perdues à jamais!».

2. Son style d’écriture est… Punché

Imaginez Katherine Levac sur une scène. Elle est debout. Elle se tient droite et bouge peu alors que tout se passe dans ses yeux. Elle livre son texte avec rythme. Elle projette les mots et mitraille une blague après l’autre.

«Dans ma tête, c’est comme un métronome. Ça fait tac, tac, tac », décrit Katherine. Cette façon d’être sur scène, elle la doit au jeu classique qu’elle a appris à maîtriser pendant ses cours de théâtre et de dramaturgie à l’Université d’Ottawa, aux côtés des professeurs Jean Stéphane Roy, François Grisé et Sylvain Schryburt, pour ne nommer que ceux-ci.

«Pour moi, explique-t-elle, mes cours de jeu classique ont tout changé. Mon style d’humour est collé à ça. Sans ces cours-là, je ne pense pas que je ferais ce que je fais aujourd’hui.» Dans chaque numéro de l’humoriste, c’est une ligne, un punch.

«S’il n’y a pas un rire à chaque fois, je perds la musicalité. Je perds ce que j’essaie de créer. Je perds le build-up

3. Son style d’écriture est… Imagé

Pour être imagé, il faut être structuré. Et Katherine passe beaucoup de temps à penser au texte qu’elle va écrire avant de le coucher sur papier. Ses techniques pour organiser sa pensée lui sont venus d’une expérience de travail pas comme les autres, comme guide-interprète au Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, à Ottawa.

«Quand je travaillais, je devais parler pendant 30minutes d’un même sujet. Je faisais des présentations sur les abeilles, ou sur les vaches. Bien évidemment, ce n’était pas drôle, mais il fallait que je transmette une idée, il fallait que je sois claire. J’étais devant des gens, donc c’était un genre de performance.»

4. Son style d’écriture est… Authentique

Écouter Katherine Levac, c’est écouter des histoires vraies.

«Mes anecdotes, évidemment, sont romancées, modifiées, et ne sont pas exactement comme la réalité, exprime-t-elle. Mais si je raconte quelque chose qui m’a dérangé ou ébranlé, c’est parce que je l’ai vécu. Je ne fais pas de l’humour d’actualité ni de l’humour engagé, mais je fais des numéros sur mon actualité personnelle.»

Et c’est probablement ce qui touche le plus les gens dans son humour, comme le témoignent certains gens après son spectacle qui viennent lui dire que «ça parait que c’est vrai». Katherine ajoute: «J’ai déjà pensé à écrire une anecdote drôle que je n’avais pas vécu, mais c’est dur de penser à quelque chose d’inventé de A à Z! Ça ne m’est jamais arrivé!»

Elle a d’ailleurs a eu la chance de travailler à des émissions de télévision où il est possible de s’approprier le texte, d’y faire des changements et de l’adapter à sa façon d’être. Ça a été le cas à SNL Québec et à Paparagilles, sur ARTV, où il y a une liberté dans la création.

5. Son style d’écriture est… Littéraire

«Moi, les cours de création au baccalauréat en lettres, je les prenais tous et j’en voulais d’autres! Je voulais tellement écrire. Je courais après ça. Je n’en avais pas assez!» C’est donc dire à quel point ses études en lettres françaises, et plus particulièrement les cours qu’elle a suivis en création littéraire au Département de français à l’Université d’Ottawa, ont été importantes pour elle.

«Ça a été un déclencheur. J’y ai vécu mes premières expériences d’écriture. J’ai tellement adoré ça!», explique Katherine, avec nostalgie. «J’allais piger dans des banques de notes, dans les personnages que j’avais créés en jouant à l’impro pendant tout mon secondaire.»

Katherine Levac conclut en disant que «l’humour, c’est comme de la poésie. C’est comme écrire une chanson, parce qu’il y a une musicalité dans le texte. Dans un numéro, il y a un beat, un tempo. Toute l’importance est donnée aux mots».

*

On pourra voir Katherine Levac sur Le nouveau show, bientôt offert sur tou.tv et diffusé à Radio-Canada dès janvier. Cet hiver également, on pourra la suivre à Télé-Québec dans l’émission à sketch Like-moi!. Elle continue de faire des chroniques à Paparagilles et la première partie du spectacle de Jean-François Mercier. Et avis aux intéressés, des billets pour la tournée Les 5 prochains sont maintenant en vente. Comme Katherine a gardé un lien fort avec l’Université d’Ottawa, nous la réinviterons sur le campus pour qu’elle puisse parler de son parcours aux jeunes diplômés et aux étudiants actuels. À suivre!

 

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