Pierre SAVARD, Département d’histoire, 1972-1998

Pierre Savard

J’ai eu le privilège et le bonheur de travailler avec Pierre Savard durant toute sa carrière à la Faculté des arts et je dois vous avouer que je me sens mal à l’aise de vous parler de lui en deux minutes, comme le veut le protocole de cette cérémonie. J’essaierai donc de la faire en trois minutes, et devrai me limiter à rappeler les grands moments de sa carrière à la Faculté des arts et l’impact qu’elle a eu sur la vie intellectuelle du campus et sur le monde universitaire en général.

Pierre Savard a commencé sa carrière chez nous au Département d’histoire en 1972. Dès l’année suivante et jusqu’en 1985, il a assumé la direction du Centre de recherche en civilisation canadienne-française, au moment où celui-ci ouvrait ses portes à l’interdisciplinarité. Pendant ces treize années, il a littéralement transformé le Centre en un pôle de recherche dynamique, un centre d’archives d’une extraordinaire richesse et un point de référence incontournable pour quiconque s’intéresse à la culture francophone au Canada français et, en particulier, à la vie française en Ontario. Il a par la suite assumé la direction du Département d’histoire de 1985 è 1988. En 1997, il a été un des premiers récipiendaires du Prix du Professeur de l’année, octroyé annuellement par la Faculté des arts à un professeur qui s’est illustré dans les trois domaines d’activité universitaire, soit l’enseignement, la recherche et l’administration.

Toute sa carrière durant, il aura été un bâtisseur. Bâtisseur d’idées en s’attaquant à de multiples défis recherche comme les relations France-Québec, le catholicisme, l’ultramontanisme, les mouvements de jeunes, le scoutisme surtout et les voyageurs canadiens-français en Europe, pour ne mentionner que ceux-là. Bâtisseur d’équipes comme celle du DOPELFO pour répondre aux besoins de manuels scolaires pour les écoles franco-ontariennes ou celle du Dictionnaire de l’Amérique française qui met en lumière les foyers de rayonnement  francophone en Amérique. Bâtisseur aussi de réseaux de chercheurs. C’est surtout grâce à lui que le Conseil international d’études canadiennes a pu voir le jour. Fondé en 1981, le Conseil regroupe aujourd’hui plus de 7000 chercheurs répartis dans 22 associations nationales dans 39 pays. Il en a été un des tout premiers présidents, de 1983 à 1985 et sa mémoire perdure de nos jours grâce aux Prix Pierre-Savard que le CIEC a créés pour récompenser chaque année les meilleures monographies en français et en anglais en études canadiennes. Bâtisseur enfin de la relève. Pierre Savard a dirigé pas moins d’une vingtaine de mémoires de maîtrise et 10 thèses de doctorat, formant ainsi une génération de jeunes historiens ouverts aux multiples facettes de leur discipline et de son rôle dans la société.

Élu à la Société royale du Canada en 1975, il est l’auteur de 15 livres et a édité 10 ouvrages en plus de rédiger 25 chapitres de livres sans compter d’innombrables articles dans des revues savantes. On retiendra surtout de lui, outre son érudition exceptionnelle, son esprit curieux et inquisiteur, à l’affût d’idées nouvelles, mais méfiant des discours faciles et trompeurs. Son humanisme profond lui permettait toujours de faire la part des choses. Il avait, comme aurait dit Montaigne, la tête bien faite. A true Renaissance man, as we would say in English. Il adorait la discussion: je me souviens d’une soirée de décembre 1995 quand le séminaire d’études canadiennes que j’enseignais avec lui s’était terminé comme prévu à 19h. Mais les étudiants tenaient à poursuivre les débats, même après trois heures de cours. Alors Pierre a animé la discussion à l’extérieur sous la neige et a fini par conduire le groupe dans un restaurant de la Côte-de-Sable où la discussion s’est poursuivie jusqu’à tard dans la nuit.

Ceux et celles qui l’ont connu se souviennent de sa bonne humeur, de sa générosité, de sa jovialité, lui qui savait tant mêler la science à l’émerveillement. Pour ma part, je garde un souvenir ému de nos rencontres au Tim Horton situé à mi-chemin entre chez lui et chez moi, où nous discutions des points brûlants de l’heure, en plus des derniers potins du campus. Rien ne lui échappait: Pierre avait l’habitude de prendre des notes partout, sur des serviettes ou tout autre bout de papier qui lui tombait sous la main. Mais ce sont surtout nos excursions à l’occasion de la conférence annuelle des Sociétés Savantes qui m’ont le plus marqué. Visiter le Vieux-Québec, c’est une chose. Flâner dans les rues du Vieux-Québec avec Pierre Savard est une expérience inoubliable qu’aucun guide touristique ne saurait égaler. Et je ne vous dis rien de notre excursion aux chutes Niagara à l’occasion d’une conférence à l’Université Brock. J’ai pu revivre, comme si j’y étais, les grands moments de la guerre de 1812 en visitant avec lui les champs de bataille et monuments avoisinants.

Pierre Savard est disparu trop tôt le 4 octobre 1998 mais il vit encore parmi nous Bien sûr, dans la mémoire de ceux et celles qui ont eu le privilège de le connaître. Mais il a laissé sa marque ailleurs sur le campus: la maison où se trouvait son bureau au Départment d’histoire tout à côté d’ici porte maintenant son nom; les étudiants aux études supérieures de son Département  ont institué en 2005 un colloque annuel Pierre-Savard et les étudiants du Département d’histoire et d’Études canadiennes peuvent désormais bénéficier de la Bourse Pierre-Savard. Enfin, son rôle d’éducateur hors-pair sera reconnu à l’extérieur du campus au printemps prochain, alors qu’aura lieu l’inauguration officielle de l’École secondaire catholique Pierre-Savard dans le secteur Barrhaven de la ville.

Historien passionné, chercheur infatigable, homme exceptionnel, Pierre Savard mérite pleinement aujourd’hui de prendre place parmi les Piliers de la Faculté des arts.

Témoignage présenté par Monsieur André Lapierre, le 25 septembre 2010

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