Yvan G. LEPAGE, Département des lettres françaises, 1977-2005

Photo of Yvan Lepage

J’essaierai de me faire le porte-parole de mes collègues et de la communauté universitaire plus large, pour rendre compte des éminentes qualités personnelles et professionnelles d’Yvan Lepage. La Faculté des arts et l’Université d’Ottawa dans son ensemble étaient la deuxième famille d’Yvan, celle qui lui était devenue peut-être aussi chère que la première, naturelle et fondatrice. Yvan Lepage a été un universitaire exemplaire.

Yvan a d’abord été un professeur remarquable, savant, cultivé, rigoureux, exigeant, patient, accueillant, qui préparait ses cours de façon méticuleuse et les enseignait avec la haute conscience de sa responsabilité professorale. Enseigner, pour lui, était une mission et un devoir, en plus d’être une noble profession. Il accueillait ses étudiants avec chaleur, les accompagnait avec générosité et gentillesse. Ce qui ne l’empêchait pas de secouer ceux et celles qu’il trouvait paresseux ou négligents ou brouillons. Cette sévérité occasionnelle était aussi pour lui une grande responsabilité.

Yvan a également été un savant et un chercheur d’une trempe peu commune, grand spécialiste du Moyen Âge, et un praticien exemplaire de cet exercice terriblement exigeant qu’est l’édition critique des textes littéraires. Réaliser une édition critique, c’est établir un texte dans son authenticité, indiquer avec précision toutes ses variantes, le commenter et l’annoter de façon à expliquer toutes ses ambiguïtés, et le présenter dans sa genèse, son parcours, son influence. Yvan a produit des éditions exemplaires de textes médiévaux, mais aussi des classiques de la littérature québécoise, dont les romans de Germaine Guèvremont, et de Félix-Antoine Savard.  Son érudition, sa rigueur, son ardeur au travail, son amour du travail bien fait et du bel ouvrage forçaient l’admiration.

Professeur et chercheur, Yvan a aussi été un administrateur exceptionnel. L’université, l’Université d’Ottawa ou une autre, ne peut fonctionner que si chacun met l’épaule à la roue, que si les professeurs, individuellement et collectivement, la prennent en main. Or Yvan a été un remarquable serviteur de l’institution où il a passé la majeure partie de sa carrière. Je dis serviteur, mais comprenez qu’il n’y a rien de servile dans la notion. C’est la volonté de servir, d’être utile, d’assumer ses responsabilités, de contribuer au bien-être commun. Nous sommes tous serviteurs d’une réalité plus grande que nous. Yvan l’était de façon exceptionnelle.

Les chiffres sont éloquents, même s’ils rendent bien faiblement compte d’une réalité complexe. Yvan a été dix-huit ans secrétaire de la faculté des arts; il a siégé vingt-trois ans au Conseil des études de premier cycle; il a été douze ans membre du Comité mixte du Sénat et du Bureau des gouverneurs. Il n’y était pas que figurant. Yvan préparait soigneusement toutes ses réunions. Peut-on s’imaginer la montagne de dossiers qu’il a eu à traiter et souvent à piloter? Peut-on imaginer la générosité que cela implique pour servir ainsi l’institution et ses collègues? L’étendue des responsabilités assumées par Yvan, mais aussi la durée exceptionnelle des mandats, sont le signe indéniable de la confiance dont il jouissait parmi ses pairs.

Professeur, chercheur, administrateur, c’est le triple volet des activités d’un professeur d’Université, et Yvan les a tenus en équilibre mieux que quiconque. Son œuvre n’est pas que littéraire : elle est aussi professorale et institutionnelle.

Mais un universitaire est aussi une personne, un collègue, un collaborateur, un ami. Et sur ce plan, plusieurs pourraient commenter ou fournir des exemples de l’extrême disponibilité d’Yvan, de son sourire engageant, de sa politesse exquise, de sa promptitude à rendre service, de sa délicatesse en toute occasion, de sa générosité dans les petites choses et dans les grandes. Suite au décès d’Yvan Lepage, j’ai reçu plusieurs témoignages de l’affection qu’on éprouvait pour lui. J’ai été particulièrement touché par les témoignages des membres du personnel administratif, les secrétaires, les réceptionnistes, les techniciens, sur la parfaite délicatesse d’Yvan à leur égard.

Il se rappelait les noms, il avait toujours un compliment à faire, il s’excusait de demander un service. C’est la politesse des grandes âmes, qui n’exigent rien, mais obtiennent de ceux et de celles qui les entourent un dévouement total et une reconnaissance réelle.

Tel fut Yvan Lepage. Il a bien mérité de notre reconnaissance, et il est tout à fait approprié qu’on lui donne le beau titre de « Pilier de la Faculté des arts ».

Témoignage présenté par Monsieur Robert Major, le 25 septembre 2010

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