Extrémisme révolutionnaire et esthétique du choc: le sublime dans l'imaginaire social de la Terreur

CRSH

Chercheure Principale : Geneviève Boucher

Ce projet consiste à sonder l'imaginaire social de la Terreur (1793-1794) à travers le concept de sublime qui, pendant la dernière décennie du XVIIIe siècle, passe du champ esthétique au champ politique. Motif servant d'abord à exalter la force de la nature et la grandeur esthétique, le sublime devient rapidement un mot-clé de la politique révolutionnaire. Pendant la Révolution, le sublime investit ainsi le champ politique où s'exprime désormais cette énergie qui hisse la nation vers sa destinée la plus haute tout en faisant trembler l'édifice social. Enthousiasmés par la grandeur des événements qu'ils provoquent et par l'ampleur de la destruction opérée, les révolutionnaires en viennent à considérer leur histoire comme une source de sublime. Le concept prend tout son sens dans le contexte de la Terreur où le déploiement d'une force violente est interprété comme un signe de grandeur. Notre hypothèse est que le sublime-terrible théorisé par Burke au midi du siècle fonde l'imaginaire politique de la Terreur, qui est tout entier tendu entre la grandeur et la déchéance, entre la promesse des hautes cimes morales et la menace d'avilissement, entre le grand récit de la libération du peuple et l'omniprésence de la mort dans l'espace social. Il cristallise des représentations diverses allant du culte de l'Être suprême à celui des martyrs révolutionnaires en passant par l'enthousiasme militaire et l'appel à une vertu civique qui exige l'aliénation du moi à la collectivité. Dans le cadre de ce projet, nous chercherons à comprendre quelle est la fonction idéologique, politique et esthétique du sublime dans une série de chansons, de poèmes patriotiques, de pièces de théâtre et de discours de circonstance écrits pendant cette période trouble de l'histoire de France. Il s'agira: 1. d'évaluer les concepts clés de l'idéologie de la Terreur (violence, vertu, refus du modérantisme, sacralisation du champ politique, etc.), à la lumière de la notion de sublime, considérée à la fois comme objet de représentations et comme sentiment esthétique; 2. de dresser un portrait de l'imaginaire social de l'époque à travers l'analyse de textes conçus pour avoir une résonance immédiate dans l'espace public; 3. de comprendre comment les textes mobilisent et retravaillent la dynamique du sublime afin de donner sens aux événements qui, entre 1793 et 1794, bouleversent profondément la cohésion sociale.

 

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