Quelques pistes de recherche pour les candidats à la maîtrise et au doctorat

Mawy BOUCHARD - Ph.D. (langue et littérature françaises), Université McGill

Le « long XVIe siècle », celui qui commence avec l’invention de l’imprimerie et s’achève avec la disparition de ses derniers grands acteurs (Gournay et d’Aubigné), peut être étudiés en synchronie, de façon comparative (avec l’Italie ou l’Angleterre) ou en diachronie, dans ses antécédents (anciens et médiévaux) comme dans ses prolongements (classiques). Ma direction de thèses sur le siècle des grands chantiers linguistiques et littéraires offre trois grands axes de réflexion aux étudiants intéressés à approfondir leurs connaissances littéraires et historiques.

  1. La fondation linguistique et littéraire, définie par Joachim Du Bellay dans sa célèbreDéfense et illustration de la langue française, établit un rapport étroit entre la langue, la littérature et l’émergence d’une « nation » (au sens où Dante Alighieri peut le suggérer), en plus d’exposer une relation conflictuelle entre le français et les autres langues. Il reste beaucoup encore à faire pour comprendre les enjeux et les stratégies déployées pour atteindre des objectifs littéraires et linguistiques dans un contexte de bilinguisme (ou de plurilinguisme).
  2. Les écrivains de la Renaissance participent à l’élaboration d’une culture de cour, milieu perçu et défini comme celui du «plus grand nombre». Les femmes auteurs telles Marguerite de Navarre, Helisenne de Crenne, Louise Labé et Marie de Gournay, qui participent activement à l’élargissement du milieu littéraire font entendre, dans ce contexte, des voix revendicatrices de changements et s’approprient en particulier les genres narratifs (« romans », nouvelles). Plusieurs de mes travaux actuels portent sur ces enjeux poétiques et sociaux, et une thèse de maitrise que j’ai dirigée (voir : lien) aborde précisément la question des « voix féminines ».
  3. Le statut de l’écriture, notamment celui de la narration – histoire, nouvelle, « roman », épopée est pris en compte par les auteurs, qui s’interrogent sur le rôle et la valeur de la littérature sur les plans social, religieux et philosophique. À cette fin de repenser les enjeux littéraires, plusieurs auteurs de la Renaissance cherchent à s’inventer un nouveau public en lui donnant de nouveaux outils intellectuels pour appréhender le monde et en problématisant des valeurs qui étaient tenues pour acquises par leurs prédécesseurs. Ce contexte de fondation et de réinvention permet de travailler en profondeur les figures de l’auteur et du lecteur, puis les questions connexes de l’ethos et du pathos. Plusieurs de mes articles (et un livre) portent sur ces questionnements, et un projet de thèse de maîtrise sur la recherche d’un « juste milieu » (éthique autant qu’esthétique) à travers les romans fabuleux de Rabelais est en cours de réalisation.

Geneviève BOUCHER – Ph.D. (littératures de langue française), Université de Montréal et Université Paris-Sorbonne

La production littéraire du XVIIIe siècle français offre au chercheur un vaste champ d'exploration. Que l'on s'intéresse aux grands auteurs ou aux délaissés de l'histoire littéraire, on pourra aborder des problématiques liées aux inflexions de la sensibilité et de l'esthétique, aux modifications du système des genres, à la construction des identités sexuelles ou au développement de la subjectivité. Essentiellement pluridisciplinaire, le XVIIIe siècle invite à penser les interactions entre la littérature, la philosophie, la politique et les autres discours qui forment l'imaginaire social. À ce titre, l'approche sociocritique, qui consiste à saisir les lignes de force et les réseaux de signification émanant des ces multiples discours, s'avère particulièrement fertile. On peut très bien imaginer une thèse qui porterait, par exemple, sur l'obsession du XVIIIe siècle pour la circulation (urbaine, sanguine, commerciale) et qui en suivrait les représentations tant dans la littérature sur la ville que dans le discours médical et les traités d'économie.

La période révolutionnaire offre quant à elle d'autant plus de possibilités de recherche que les représentations littéraires et politiques y sont en étroite corrélation. On pourra ainsi, par exemple, analyser les configurations esthétiques de la violence révolutionnaire ou encore, tenter de saisir selon quelles modalités l'imaginaire érotique circule entre le roman libertin, le discours politique et la presse.

En dehors de la sphère restreinte du XVIIIe siècle, on peut également s'intéresser, plus largement, à la prose d'idées (essais, pamphlets, dialogues philosophiques, discours politiques), à l'historiographie (problématiques liées à l'écriture de l'histoire et à la représentation du temps) et aux enjeux identitaires des genres autobiographiques.

Daniel CASTILLO DURANTE - Ph.D. (littérature comparée), Université de Montréal

Quatre volets caractérisent ma recherche et mon travail d’essayiste et d’écrivain : le travail en création littéraire (roman en particulier), la réflexion théorique sur le stéréotype comme modélisateur des discours en général, les différentes logiques de représentation inhérentes aux littératures émergentes francophones notamment (québécoise, etc.), la littérature comparée.

La création littéraire ouvre sur l’écriture de romans, de nouvelles, de poésie et d’œuvres théâtrales. Pour ce qui est de la théorie, une analyse du discours susceptible d’établir le partage entre une parole assujettie au cliché et une expression libre (nommée métatopique dans le cadre de mes travaux) permet aux étudiants de mieux comprendre les stratégies discursives sous-tendant le phénomène littéraire. Les littératures émergentes, dans le cadre desquelles je place également les littératures dites migrantes, offrent un champ d’études où les pratiques culturelles sont analysées dans leur rapport avec la fiction. La littérature comparée débouche quant à elle sur une compréhension épistémologique multidisciplinaire du phénomène littéraire. Dans ce cadre précis, l’étudiant francophone qui s’intéresserait aussi à l’éclosion et à la mondialisation des cultures et des littératures latino-américaine pourrait, en guise d’illustration, aborder une problématique locale tout en l’explorant en vue d’une perspective panaméricaine. Pour ce qui est de la période historique privilégiée, elle s’étale essentiellement du siècle dernier à l’extrême contemporain.

Nelson CHAREST - Ph.D. (littérature française), Université Laval

La poésie moderne, surtout française et québécoise des XIXe et XXe siècles, offre un vaste champ d’exploration. Elle montre le développement toujours plus prononcé de poétiquessingulières, qui remettent en jeu nos conceptions de la littérature à l’aune d’œuvres singulières. De la même façon, la relation entre les arts trouble l’idée même d’une « littérature » délimitée par des frontières reconnues. La critique d’art témoigne de cette porosité du texte littéraire, tout comme l’essai dans son ensemble. Parmi les thèmes qu’il serait intéressant d’aborder, on notera le don, la dédicace, le paysage, le voyage ou tout ce qui présente le texte littéraire comme un agent de transport (des images, des savoirs, des formes). J’accueille aussi tout étudiant désireux d’effectuer un travail de création littéraire dans l’un ou l’autre de ces genres.

L’herméneutique m’apparait comme la pierre de touche de l’analyse du fait littéraire. Sans nier les apports parfois considérables que peuvent offrir des disciplines exogènes, je tends à placer le texte littéraire au centre de mon approche et, de là, à considérer tous les « possibles » qu’il génère. La sémiotique permet d’élargir cette vision première en considérant notamment la diversité des signes artistiques, leur systématisation ainsi que les interprétants qui en découlent. Enfin, dans l’optique d’une poétique générale, je m’interroge sur une histoire des formes qui reste à faire depuis la « mort » de la rhétorique, notamment pour des formes plus récentes comme le verset.

Michel FOURNIER - Ph. D. (études françaises), Université de Toronto

Mes recherches se situent à la rencontre de la littérature, de l’anthropologie historique et de l’histoire de la lecture. Je m’intéresse au développement de la culture de la fiction, de même qu’aux relations entre la littérature, les mythes, les croyances et le folklore. Mes travaux portent principalement sur trois objets : 1) la littérature du XVIIe siècle; 2) le folklore et la tradition du conte; 3) la littérature pour la jeunesse. Après avoir étudié le phénomène d’intégration culturelle de la lecture romanesque (Généalogie du roman : émergence d’une formation culturelle au XVIIe siècle en France), je me suis plus particulièrement intéressé aux rapports que la littérature de l’âge classique entretenait avec le domaine de l’irrationnel (songe, folie, croyances superstitieuses, passions). 

De façon générale, le XVIIe siècle est une période très riche pour la recherche. Aux écrivains les plus connus de cette période, s’ajoutent plusieurs auteurs moins étudiés, dont les œuvres pourraient faire l’objet de maîtrises ou de doctorats, que ce soit dans le domaine du théâtre, de la prose d’idées ou dans celui de la nouvelle et du roman. À ces corpus, on peut également ajouter d’autres formes qui ont attiré l’attention des chercheurs ces dernières décennies comme les récits de voyages, le discours pamphlétaire et les contes de fées

Un deuxième axe de mes recherches est consacré aux relations entre les croyances, le folklore et la littérature. Je viens de terminer, dans cette perspective, un ouvrage portant sur l’héritage classique, les traditions populaires et la formation de la culture littéraire au Québec. Aux contes de l’âge classique, s’ajoute un vaste corpus d’auteurs qui se sont inspirés du folklore. Cet intérêt pour la question des rapports entre l’imaginaire et la littérature m’a également amené à diriger des travaux de maîtrise consacrés à la bande dessinée et au roman policier.

La littérature pour la jeunesse, qui forme le troisième axe de mes recherches, est un corpus qui est d’autant plus riche, d’un point de vue anthropologique, qu’il participe activement à la transmission des représentations qui forment l’imaginaire. Les œuvres destinées à la jeunesse sont un lieu privilégié pour analyser différents enjeux culturels qui marquent la littérature (des préoccupations écologistes à la question des transferts culturels, en passant par la représentation de la violence et de la mort). La littérature pour la jeunesse constitue également un corpus de prédilection pour aborder des questions de didactique littéraire. La question de l’adaptation pour les jeunes lecteurs des textes tout d’abord destinés à tous les lecteurs pourrait donner lieu à des mémoires et à des thèses non seulement en recherche, mais aussi en création.

Rainier GRUTMAN - Ph. D. (études françaises), Université de Montréal

Si nous convenons avec Saussure que « c’est le point de vue qui crée l’objet », les littératures (comme textes ou institutions) sont le résultat du regard qui les construit en tant qu’objets d’analyse et de recherche. Déconstruire cette construction, c’est mesurer l’écart qui sépare la carte et le terrain, l’histoire littéraire et la réalité historique. Car l’institutionnalisation des études littéraires s’est faite avec des idées héritées du romantisme, d’où la tendance à faire coïncider les langues et les littératures, puis à ramener les unes et les autres aux nations dont elles sont censées exprimer le « génie ». Selon cette prémisse rarement explicitée et plus rarement encore remise en cause, des auteurs « naturellement » unilingues écriraient « logiquement » des œuvres en une seule langue (conjointement « maternelle » et « nationale ») pour un public à son tour unilingue, soi-disant prédisposé et habitué à lire en une langue seulement. Inutile de dire que cette règle souffre beaucoup d’exceptions : écrivains et écritures bilingues, intertextualité internationale, traduction et autres types de transfert interculturel. Dans mes travaux comme dans les thèses que je dirige (sur le statut de la traduction dans la France romantique et symboliste, sur le caractère biculturel des littératures québécoise ou belge, sur le recours à l’autotraduction chez les écrivains migrants), j’essaie de promouvoir un regard comparatiste qui ne vient pas s’ajouter au discours linguistiquement et culturellement homogène des philologies nationales, mais qui oblige à en revoir les fondements.

Lucie HOTTE - Ph.D. (lettres françaises), Université d'Ottawa

Polyvalence est sans doute le mot qui définit le mieux ma supervision de thèse. Théoricienne de formation, je dirige des thèses qui

  1. adoptent une multitude d’approches critiques ou théoriques :

    critique éthique

    écocritique

    esthétique de la réception

    épistémocritique

    géocritique

    littérature comparée

    poétique

    sémiotique

    socio-sémiotique

    sociocritique

    sociologie de la littérature

    thématique

  2. portent sur une variété de corpus : littératures québécoise, acadienne, franco-ontarienne, franco-manitobaine, francophones d’Amérique, voire des autres aires géographiques 
  3. abordent certaines problématiques (liste non-exhaustive): littératures minoritaires, écriture des femmes, études de genre (gender), institutions littéraires, genres littéraires, théories de la lecture, espace, identité, altérité...
  4. sont en création littéraire.

N.B. Les termes soulignés sont des hyperliens qui renvoient aux textes ci-joints et qui peuvent être utilisés par tous les collègues.

Patrick IMBERT - Ph.D. (lettres françaises), Université d'Ottawa

Les francophonies des Amériques et du Québec s’inscrivent  dans les dynamiques contemporaines de réinvention des identités dans le contexte de la “glocalisation” et de lalégitimation des déplacements géographiques comme symboliques. C’est à ces dynamiques que se consacrent les recherches liées aux questions d’exclusion/inclusion, de déplacements discursifs ou de trans-inter-multiculturel qui se manifestent dans les textes littéraires et autres par le biais de thématiques, de symbolisations  et de métaphores nouvelles. C’est par l’analyse des discours qu’elles se révèlent. On pense, pour les thématiques, aux questions d’altérité,d’identités relationnelles, de contestations des stéréotypes établis, pour les symbolisations à celle du voyage migrateur dont le parcours peut-être celui du passage d’une région à la  grande ville comme celui d’un périple transcontinental ou transocéanique et, pour les métaphores,  à celle du caméléon qui déplace celle  des racines. Dans ce contexte en permanente transition se mesurent les liens entre les cultures des Amériques et leur capacité à cumuler et à déplacer lessavoirs parfois contradictoires plutôt qu’à rechercher des synthèses ou à penser en fonction d’une perte identitaire. Ces problématiques font parties non seulement des dynamiques contemporaines  mais aussi de celles du continent qui, depuis la rencontre entre  Européens et autochtones, repose à la fois sur la valorisation des déplacements  géo-symboliques et sur des inquiétudes face à ceux-ci.

Lucie JOUBERT - Ph. D. (littérature française), Université McGill

  1. L’écriture au féminin :

    La place relativement nouvelle qu’occupe la littérature des femmes dans le champ des études littéraires a ouvert de nouvelles voies de recherche ; il  peut s’agir de faire unelecture féministe d’œuvres contemporaines tant féminines que masculines, c’est-à-dire, entre autres, voir en quoi le texte s’aligne sur une remise en question des codes sexuels ou en mesurer la portée subversive. Certaines auteures, comme Suzanne Jacob, Monique LaRue, Hélène Monette, Christiane Rochefort, Benoîte Groult, ont peu fait l’objet d’une telle lecture alors que ce corpus, vaste et dense, mériterait qu’on s’y arrête.

  2. L’humour et l’ironie :

    Le texte ironique ou humoristique est régi par des mécanismes plus précis qu’on ne le soupçonne à première vue. S’il fait (sou)rire, c’est qu’il établit avec le lecteur un pacte et une complicité dont il convient de dégager les composantes. C’est un élément de mesure à la fois sociologique et littéraire en ce qu’il oblige, par sa rhétorique à réévaluer le réel. Il invite aussi à une lecture au féminin car si le rire est universel, l’ironie et l’humour sont bien socio-sexués, ne serait-ce que dans la réception que le lectorat en fait.

Kasereka KAVWAHIREHI - Ph. D. (études françaises), Queen's University

Couvrant entre autres l’Afrique subsaharienne, les Antilles et le Maghreb, le domaine deslittératures francophones est vaste et varié. Le choix d’un sujet de thèse peut dès lors paraître difficile. Voici quelques axes de recherche. Les littératures francophones étant relativement jeunes, une thèse peut porter sur l’émergence et l’institutionnalisation des champs littéraires francophones; la modernité des textes maghrébins, antillais et africains; l’urgence du socialdans les romans francophones, la convocation et la traversée des savoirs ainsi que leur inscription dans le discours romanesque. À ces axes s’ajoute la poétique des auteurs. Nombre d’auteurs étant à la fois romanciers, essayistes et poètes, il y a lieu d’étudier leur manière d’intégrer la fiction dans l’essai et l’essai dans la fiction. Notre approche méthodologique de base est lasociopragmatique qui, en tenant compte du cadre institutionnel, analyse comment les conditions de production sont inscrites dans le texte et leur rôle dans le fonctionnement de ce dernier. Il s’agit aussi d’analyser les stratégies discursives et les modalités énonciatives de l’élaboration du projet de l’auteur. La sociopragmatique est complétée par l’épistémocritique, laquelle étudie la dimension épistémique de l’œuvre littéraire.

Bertrand LABASSE – Doctorat (psycho-andragogie), Université Lyon 2

Le rapprochement des champs de la littérature et de la communication permet de croiser des approches complémentaires pour étudier les logiques de création et de réception des textes, qu’ils soient de fiction ou non, contemporains ou non. Associer ces deux perspectives est particulièrement utile pour analyser, par exemple, l’appréciation publique ou le traitement médiatique d’un ou de plusieurs auteurs de diverses époques, ou, à l’opposé, étudier — toujours par exemple — la littérarité ou les procédés discursifs de textes imprimés ou électroniques tels que des reportages journalistiques, des écrits polémiques, didactiques, ou même des textes publicitaires.

Une question comme celle des représentations construites par l’écrit, telles que la figuration des « intellectuels » ou d’autres stéréotypes dans les romans ou dans les articles de presse, s’inscrit également dans cette perspective conjointe, de même que la conception — dans le cadre d’une thèse en création — de textes ayant à la fois une vocation littéraire et informative.

Enfin, un axe d’études plus spécifique — la rédactologie — porte sur les conceptions et les méthodes de l’écriture elle-même, considérée comme un processus à la fois psychologique et social. On peut, dans ce cadre, s’intéresser aussi bien aux fondements des préceptes sur l’« art d’écrire » ou à leur évolution depuis Boileau qu’aux images que les auteurs ou les rédacteurs professionnels se font de leurs destinataires, ou encore étudier les paramètres quantitatifs ou qualitatifs qui visent à estimer l’adéquation d’un texte à un public donné.

France MARTINEAU - Ph.D. (linguistique), Université d'Ottawa

Le français est l’une des langues au monde qui offre le plus de diversité linguistique, allant de la quasi-obsolescence à la pleine vitalité. L’histoire de la langue française est une source d’exploration pour comprendre  ce qui a permis au français de s’éloigner du latin, et de se donner une identité propre parmi les autres langues romanes. La langue française a toujours vécu dans la diversité, en contacts avec d’autres peuples; s’intéresser à son histoire, c’est comprendre les conditions de transferts culturels et linguistiques, là où les francophones sont en interaction avec des allophones, de la période médiévale à aujourd’hui. L’Amérique française offre un laboratoire d’études exceptionnel par son histoire, ponctuée de conflits et de reconfigurations de ses frontières, et par la vitalité de ses communautés francophones.

La recherche sur la langue ancienne au quotidien, celle parlée par des individus de condition modeste, qui ont laissé peu de traces écrites de leur passage, ouvre sur les rapports entre oral et écritL’édition critique de ces textes anciens (journaux personnels, correspondance, relations de voyage), sous format traditionnel ou électronique, permet de rendre accessible tout un pan du français à date ancienne.

La langue est un puissant outil idéologique, lié aux identités nationales et individuelles. Le champ de l’analyse des discours permet de développer une réflexion critique sur les représentations et attitudes linguistiques des francophones, en montrant comment elles prennent différentes formes selon les contextes sociohistoriques. Elles se dévoilent ainsi dans la représentation de la langue populaire dans les textes littéraires, dans les ouvrages métalinguistiques(chroniques de langue, dictionnaires) et dans les nombreux débats de société qui entourent l’idée de norme linguistique.

Christian MILAT - Ph.D. (lettres françaises), Université d'Ottawa

Le choix d’un sujet de thèse parmi les œuvres des romanciers et nouvellistes français des XXe et XXIe siècles est vaste tant les écrivains de talent y sont nombreux et divers. Leurs œuvres de fiction renferment souvent des références à des savoirs non littéraires. L’approcheépistémocritique (proche de l’intertextualité et de l’analyse du discours) consiste non seulement à repérer les références à ces savoirs (philosophiques, religieux, mythologiques, scientifiques, artistiques, etc.), mais à étudier leurs modes d’insertion dans le texte de fiction ainsi que les fonctions qu’elles y exercent : il s’agit notamment d’examiner comment ces savoirs travaillent le texte littéraire et comment ils sont travaillés par lui. Ainsi, l’une de mes étudiantes au doctorat analyse actuellement la musique chez Pascal Quignard.

Les écritures de soi peuvent également fournir des sujets de thèse très intéressants, en traitant par exemple — dans la perspective des théories de l’autofiction — des relations entre contenus autobiographiques et éléments fictionnels.

Autre choix : la rédaction d’une nouvelle ou d’un chapitre de roman, alliée à une problématique (par exemple insertion d’intertextes ou réécriture d’un texte existant) peut constituer le sujet d’une thèse en création littéraire.

Marcel OLSCAMP - Ph.D. (littérature française), Université McGill

De façon générale, mes intérêts me portent vers les littératures québécoise et française du XXe siècle et, plus spécifiquement, vers l’histoire littéraire. Depuis longtemps, l’œuvre du romancier Jacques Ferron se trouve au cœur de mes recherches, à travers l’édition de ses textes et de ses correspondances. On peut dire aussi que je suis fasciné par ce qu’on pourrait appeler« le » biographique au sens large, domaine d’étude qui « attire [...] tous ceux qui cherchent dans la littérature le moyen non de fuir la réalité mais de la comprendre » (Marta Dvorak).

Par ailleurs, mes travaux m’ont amené à m’intéresser à l’édition des manuscrits modernes et aux questions génétiques s’y rattachant. On l’ignore souvent, mais il est tout à fait possible, dans le cadre d’une thèse, de préparer l’édition d’un texte inédit en reconstituant sa genèse et en établissant la meilleure version possible.

Enfin, il m’arrive aussi de diriger des thèses en création, surtout (mais non exclusivement) celles d’étudiants qui veulent expérimenter des pratiques littéraires apparentées à l’essai : carnet d’écrivain, chronique, autobiographie, aphorismes, « non-fiction narrative », etc.

Maxime PRÉVOST - Ph.D. (langue et littérature françaises), Université McGill

Je m’intéresse au XIXe siècle, plus précisément au romantisme, et plus précisément encore à trois auteurs qui par leur rayonnement, tant auprès de leurs contemporains qu’à long terme, peuvent être considérés comme des figures majeures de l’histoire des représentations ou de l’histoire culturelle : Victor Hugo, Alexandre Dumas, Jules Verne.

Ces écrivains (tout comme Dickens et Conan Doyle en Angleterre, ou Manzoni en Italie) ont créé des personnages, des données d’intrigue, des représentations omniprésentes dans l’imaginaire collectif, tant et si bien qu’on peut voir en eux des créateurs de mythologies modernes. Les personnages qui peuplent l’imaginaire social constituent à mon sens un terrain d’enquête fascinant et nouveau, à étudier entre socio et mythocritique : l’emprise de tels personnages sur l’imaginaire collectif soulève plusieurs questions tant sur leur contexte d’origine que sur les conditions de leur longévité virtuelle. Ernst Cassirer définissait le mythe comme «l’objectivation de l’expérience sociale de l’humanité» : en quoi des personnages comme le Fantôme de l’Opéra, Arsène Lupin ou le comte de Monte-Cristo constituent-ils des réponses à des attentes latentes mais historiquement déterminées? Les raisons de leur survie sont-elles les mêmes que celles de leur succès d’origine?

Je m’intéresse en outre aux littératures initiatiques, c’est-à-dire à ces œuvres (romans d’aventuresromans gothiquescontes des fées, certaines bandes dessinées) qui proposent au lecteur (et souvent au jeune lecteur, ou même à l’enfant) d’explorer les topiques de la peur, de l’exploit, de la violence, de l’héroïsme selon une logique qui tient davantage de la mythologie que du réalisme. De telles œuvres demandent implicitement à leurs lecteurs, dans les termes de Simone Vierne, d’«entrer dans le domaine de mort», de «plonger dans l’inconnu pour trouver du nouveau» et même de «mourir pour renaître». Je dirige par exemple une thèse de maîtrise intitulée «L’Initiation à l’œuvre dans Les Enfants du capitaine Grant et dans Un capitaine de quinze ansde Jules Verne».

Autre pôle d’intérêt : l’inscription du paranormal, voire des sciences occultes, dans le texte littéraire, particulièrement celui des époques romantique et symboliste (bien que je dirige aussi une thèse de maîtrise sur «La Représentation du paranormal dans les Aventures de Tintin»). En effet, plusieurs textes du passé exigent de leurs lecteurs une ouverture à l’étrange que l’épistémologie actuelle n’autorise plus (croyance à l’existence des anges chez Lamartine et Balzac, à la voyance chez Vigny et Nerval, à la réincarnation chez Hugo et Dumas, etc.), mais qu’une perspective épistémocritique permet de contextualiser.

Haut de page