Épistémocritique : pour une typologie des modes d’inscription et de fonctionnement des savoirs non littéraires dans le roman français du XXe siècle

CRSH

Chercheur : Christian Milat

Les œuvres de fiction, et tout particulièrement les romans, contiennent très souvent des références à des savoirs non littéraires (scientifiques, techniques, philosophiques, artistiques, etc.). Pendant longtemps, ces références ont été principalement étudiées, notamment dans le cadre du comparatisme, sous l’angle de l’histoire des idées ou de l’analyse des sources. Depuis une quinzaine d’années, avec l’apparition et le développement de l’épistémocritique, les rapports entre savoirs et œuvres de fiction sont davantage abordés en termes de transferts discursifs. Mais, dans la plupart des cas, si les études produites analysent la présence et le travail d’un ou de plusieurs savoirs dans l’un ou dans l’ensemble des romans d’un écrivain, c’est pour en définir les procédés d’écriture ou en proposer une interprétation.

Ce projet de recherche vise à adopter une démarche opposée à celle qui anime ces études : l’objectif n’est plus d’analyser le ou les savoirs non littéraires présents dans un roman pour éclairer ce texte particulier, mais d’analyser de multiples romans, appartenant à plusieurs écrivains, afin de proposer une approche théorique de l’épistémocritique en jetant les bases d’une typologie des modes d’inscription et de fonctionnement des épistémèmes (unités minimales appartenant à ces savoirs) au sein du genre romanesque tout entier.

Cette typologie sera structurée autour de quatre paramètres principaux : les composantes formelles de l’épistémème, ses champs d’insertion, ses procédés de greffage et ses contributions au sens. Elle sera réalisée en utilisant les outils méthodologiques appartenant principalement à trois approches théoriques très connexes : les théories de l’intertextualité, de l’analyse du discours et de l’interdiscursivité.

Les romans étudiés appartiendront à la littérature française du XXe siècle, où la présence de savoirs non littéraires est fréquente et où ces savoirs vont souvent de pair avec des structures et des procédés d’écriture innovateurs. Le corpus sera assez étendu et diversifié pour fournir une variété maximale d’occurrences : de Roger Martin du Gard (1913) à Leslie Kaplan (1999), il regroupera des romanciers et des œuvres qui, avant-gardistes ou plus classiques, font dans tous les cas appel à des poétiques très contrastées; il donnera également à l’écriture des femmes une représentation aussi significative que possible.

Deux grandes familles de savoirs seront abordées : les savoirs scientifiques et les savoirs philosophiques. Ce choix, à la fois large et discriminant, répond au souci d’analyser des savoirs dont la présence dans la littérature est particulièrement fréquente. Par ailleurs, l’examen simultané de ces différents savoirs permettra de faire apparaître, dans leurs modalités d’inscription et de fonctionnement, des zones de divergences, mais aussi de convergences. Il permettra également de mettre en évidence, en dépit de l’hétérogénéité des disciplines, certains des mécanismes généraux qui conditionnent l’usage des discours et des systèmes de représentation dans notre société.

En recensant et en théorisant les diverses modalités d’inscription des représentations d’origine épistémique dans la texture de la fiction romanesque et les différentes fonctions que celles-ci y exercent, les études qui découleront de ce projet de recherche mettront à la disposition de tous — étudiants et chercheurs — un instrument inédit : des concepts et des outils méthodologiques qui faciliteront le recours à l’approche épistémocritique et qui, partant, enrichiront l’analyse particulière qui sera effectuée de tel savoir dans tel roman.

 

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