Évaluer l'intelligibilité des textes : usages, limites et perspectives

CRSH

Chercheur : Bertrand Labasse

Depuis plus d'un demi-siècle, de nombreux travaux ont visé à mesurer la difficulté des textes pour leurs destinataires. Ce type d'évaluation répond en effet à un besoin croissant de tous les secteurs de la société, confrontés au problème de l'intelligibilité pour le grand public d'informations de plus en plus complexes. L'évaluation recourt en général à des formules dites « de lisibilité », qui mesurent des variables textuelles - en particulier la longueur moyenne des mots et des phrases - pour pronostiquer le niveau de compétence en lecture que réclame le texte. Cette approche aurait, selon certains auteurs, profondément façonné le style de la communication gouvernementale, médiatique, médicale ou commerciale contemporaine.

Or, les formules de lisibilité ont été au fil du temps l'objet de multiples analyses, qui ont réfuté à la fois leurs fondements théoriques, leur fiabilité technique et leur validité empirique. Elles n'en restent pas moins employées, non seulement par les praticiens et responsables publics et privés, mais aussi par de nombreux chercheurs qui les appliquent, au sein de disciplines variées, à l'analyse de textes littéraires, médiatiques, administratifs, juridiques, et, surtout, médicaux.

Le projet présenté vise à examiner cette contradiction persistante et à tenter de la résoudre par une nouvelle approche. Sa problématique générale - Dans quelle mesure les procédés usuels d'évaluation de l'intelligibilité des textes peuvent-ils répondre aux attentes qui leur ont donné naissance ? - conduira ;

  • d'une part, à analyser les besoins pour lesquels ces procédés sont employés et le sens qu'on leur attribue, en particulier dans le cas des études techniques ou scientifiques qui les utilisent ;
  • d'autre part, à vérifier les conditions et limites de validité de ce type d'approche, puis à développer une nouvelle méthode d'analyse répondant rigoureusement à ces conditions au sein de ces limites.

La recherche s'appuiera sur des techniques assez classiques, telles que l'analyse de corpus qualitative et quantitative, l'analyse bibliométrique, les tests de corrélation statistiques, etc.

Ses enjeux sont à la fois théoriques, méthodologiques et sociaux.

  • Sur le plan théorique, elle fournira une contribution significative à des questions importantes, comme les transferts de notions entre disciplines ainsi qu'entre la sphère scientifique et le champ des pratiques ; la construction sociale de l'expertise communicationnelle et son enseignement ; l'influence des figurations des destinataires (ou « modèles de lecteurs ») sur les stratégies des acteurs de la communication publique.
  • Sur le plan méthodologique, elle apportera une technique d'analyse fiable, documentée et clairement délimitée aux différents chercheurs qui utilisaient jusqu'à présent les formules empiriques des années 50.
  • À l'échelle de la société, elle mettra à la disposition des producteurs de documents, classiques ou électroniques, un procédé d'évaluation simple, pertinent et - pour la première fois - conçu tant pour des textes français qu'anglais. Mais elle permettra surtout de contextualiser cette mesure parmi les autres facteurs psychologiques et sociaux de la clarté des textes, ainsi, de promouvoir une compréhension plus fine de l'adéquation textuelle.

Au-delà de sa portée immédiate, cette approche devrait ouvrir la voie à plusieurs recherches ultérieures sur les fondements et les composantes de l'interaction communicationnelle.

 

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