Intertextualité et idéologie : usages de la citation à l’époque romantique

CRSH

Chercheur : Rainier Grutman 

Comme point de départ pour étudier le statut de l’intertextualité à l’époque romantique, objet du présent projet, on a choisi la mode (d’origine britannique mais fort répandue dans la France des années 1820 et 1830) qui consistait à orner chaque chapitre de roman d’une citation placée en exergue (dite « épigraphe »). Le corpus va de Nodier à Stendhal, en passant par Balzac (première manière), Hugo, Vigny et Mérimée. La multiplication des recours à autrui sous la forme de citation constitue une pratique pour le moins paradoxale à une époque vouée au culte du sujet créateur affranchi du joug des autorités classiques. À partir de ce constat, on visera à une meilleure connaissance de la littérature du xixe siècle, de son fonctionnement tant formel qu’institutionnel. D’abord, la pratique citationnelle est envisagée du point de vue formel de la poétique historique : que nous apprend-elle sur l’évolution du genre romanesque ? Ensuite, elle est étudiée de manière non anecdotique, mais comme une stratégie d’écriture révélatrice des positions (esthétiques, idéologiques) qu’occupent « épigrapheurs » et « épigraphiés » dans le champ littéraire. Prolongement des débats qui avaient lieu concurremment dans les revues, salons et cénacles, l’épigraphomanie, loin d’être un jeu purement formel et en quelque sorte gratuit, débouche sur une réflexion plus ample en jetant un autre jour sur l’inscription sociale d’une production romanesque encore peu reconnue.

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