Le Canada de Jules Verne : savoirs, représentations, imaginaire social

CRSH

Chercheur : Maxime Prévost

Ce projet de recherche porte sur Jules Verne et le Canada. L’auteur des Voyages extraordinaires est le seul auteur majeur du xixe siècle français qui se soit intéressé de manière soutenue au Canada, qu’il appelait « mon pays de prédilection » (lettre à Pierre-Louis Hetzel du 31 mai 1887). En effet, trois de ses romans sont consacrés au Canada (Le Pays des fourrures, 1873; Famille sans nom, 1889; Le Volcan d’or, écrit en 1899, première publication posthume en 1906), et des personnages canadiens jouent un rôle important dans d’autres romans tels Vingt Mille Lieues sous les mers (1869) et L’Épave du Cynthia (1885). Il est pourtant fascinant de constater que, dans toute son existence, Jules Verne aura passé moins de 24 heures au Canada : tout son savoir sur la géographie, l’histoire, l’ethnologie et les mœurs du pays lui proviennent de sources livresques et, surtout, de la presse contemporaine, tant quotidienne que périodique. Jules Verne est en effet un homme en prise directe sur le discours social de son époque et qui se distingue par la maîtrise qu’il en affiche : tout ce qui s’écrit, se pense et se représente dans la presse et la littérature contemporaine pénètre ses notes de lecture et la composition de ses romans. Il explique ainsi sa méthode de travail dans un entretien de 1893 accordé au journaliste Robert Sherard : «J’ai toujours avec moi un carnet et, comme ce personnage de Dickens [Mr. Pickwick], je note d’emblée tout ce qui m’intéresse ou pourrait me servir pour mes livres. […] [J]e lis d’un bout à l’autre quinze journaux différents, toujours les quinze mêmes, et je peux vous dire que très peu de choses échappent à mon attention. »

Les représentations que Jules Verne donne de son « pays de prédilection » constituent ainsi le laboratoire idéal pour réfléchir à la notion d’imaginaire social : à partir de quelles explorations du discours social un lecteur compulsif et éclairé comme Jules Verne parvient-il à fixer des représentations précises et informées d’un pays étranger? Afin de comprendre les fondements de l’imaginaire vernien du Canada, ce projet se fixe donc comme premier objectif de cartographier et d’analyser l’imaginaire du Canada qui circule dans l’imprimé, en France, entre 1870 et 1900. Il s’agira de procéder à un dépouillement volontairement élargi : revues, grands quotidiens d’information, travaux historiographiques, romans se déroulant au Canada, récits d’exploration, autant de sources qui ont contribué à l’institution imaginaire de ce Canada français d’encre et de papier. Rendue possible par ce travail préalable, la deuxième phase du projet consistera à analyser le Canada de Verne : autant pour ce qu’il récupère de ces discours auxquels il s’abreuve, que ce qu’il construit de particulier dans son œuvre romanesque, contribuant fortement à l’imaginaire social du Canada qui circule en France dans la deuxième moitié du siècle. Notre projet se situe ainsi au confluent de la sociocritique, de l’analyse des discours et de l’histoire culturelle.

Les retombées de ce projet seront multiples et toucheront plusieurs publics, universitaires et autres : publications savantes, éditions des trois romans canadiens de Jules Verne et stratégie numérique résultant en une accessibilité accrue de documents sur le Canada issus de la presse du xixe siècle. Les dossiers électroniques réuniront des articles d’époque entièrement libres d’accès; ils seront de nature à intéresser tant les chercheurs de plusieurs disciplines connexes (histoire, sociologie, ethnologie, géographie) que le grand public curieux de l’histoire des représentations nationales. La visibilité et l’existence historique du Canada s’en trouveront rehaussées à long terme dans la sphère des discours et des représentations francophones, à l’échelle internationale.

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