Les savoirs à l’œuvre dans le roman africain

CRSH

Chercheur principal : Kasereka Kavwahirehi

En saisissant le roman francophone d’Afrique subsaharienne dans la tension qui le situe entre le local et global, ce projet voudrait étudier les enjeux poétiques, idéologiques et épistémologiques liés à la mise à l’œuvre des « savoirs endogènes » et des savoirs institués, précisément ceux des sciences humaines et sociales, dans sa construction narrative.

Ce faisant, on veut montrer que, grâce à sa capacité de faire jouer ensemble, en les brassant ou en les laissant se remettre en question, des systèmes de savoirs et de valeurs qui, dans la logique binaire coloniale, étaient perçus comme incompatibles, le roman francophone africain postcolonial peut apporter un éclairage capital au processus de redéfinition et de réorganisation des savoirs et des valeurs et, par là même, concourir à la décolonisation des sciences humaines et sociales que les intellectuels africains appellent de tous leurs vœux. Dans le sillage de ce premier objectif, on veut aussi mettre en relief l’éclairage que le roman africain, qui se déploie dans l’interface entre le local et le global, peut jeter sur la politique culturelle de la globalisation et permettre une nouvelle compréhension de l’identité culturelle et des interactions transculturelles. Enfin, on voudrait montrer les limites de certaines théories et méthodes mobilisées dans le discours critique sur le roman africain et suggérer quelques voies pour les dépasser.

Il s’agit des théories dont le caractère monotopique — elles s’enracinent uniquement dans la tradition occidentale, qui a développé une conception particulière de l’écriture et un rapport tout aussi particulier au texte — ne permet pas l’éclairage de certains enjeux des textes dans lesquels s’effectue la reprise d’une tradition interrompue par l’impérialisme culturel occidental. Il en va ainsi de la théorie postmoderne de la fin des grands récits avancée par François Lyotard et des méthodes que certains critiques appliquent, comme à partir d’un point de Sirius, sur le texte africain sans en interroger les limites ou les présupposés. Le grand risque est alors d’étouffer la veine véritablement subversive qui irrigue le roman africain postcolonial, laquelle pourrait donner lieu à l’élaboration d’une nouvelle théorie du texte et de la littérature qui ne soit pas l’universalisation d’une tradition particulière.

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