Histoire de l'Institut

Mandat

L’Institut s’est vu accordé le mandat par le Sénat de l’Université de susciter et d’appuyer par l’enseignement, par la recherche et par divers autres types d’activités interdisciplinaires, les études portant sur le Canada. Il accomplit son mandat grâce à ses programmes de premier cycle et d’études supérieures, en offrant l’infrastructure nécessaire à la recherche et en organisant diverses activités telles que cours, conférences, ateliers et séminaires.

Les études canadiennes et autochtones constituent un champ interdisciplinaire varié, qui examine les grands enjeux marquant l’évolution historique et contemporaine du Canada. Dans son approche de la question canadienne, l’Institut d’études canadiennes et autochtones a privilégié trois grands axes, soit la diversité culturelle et nationale du pays, l’apport des Nations autochtones et le rôle du Canada sur la scène internationale.

L’Institut remplissait jadis son mandat en offrant des programmes de premier cycle en études canadiennes et en organisant diverses activités (conférences-midi, colloques, séminaires, etc.) et en préparant des publications sur des thèmes liés aux études canadiennes. L’Institut a aussi créé un programme de doctorat interdisciplinaire en études canadiennes, réunissant quinze départements et facultés. Dans ce cadre, il offre chaque année deux séminaires de doctorat, dont un bilingue (CDN6910) et un en français qui porte sur la francophonie canadienne (CDN6520).

Quoique l’étude du Canada se porte mieux aujourd’hui que dans le passé, l’intérêt envers le programme d’études canadiennes est en déclin. La plupart des étudiants qui se penchent sur ce sujet le font dans le cadre de leurs départements et disciplines respectives. Voilà pourquoi l’offre de la majeure en études canadiennes est désormais fermée après une mauvaise évaluation externe du programme en 2013. Le programme de mineure en études canadienne n’accepte plus de nouveaux étudiants. Le programme de doctorat interdisciplinaire en études canadiennes n’attire plus suffisamment d’étudiant(e)s diplômé(e)s pour justifier sa raison d’être.

Même si les études canadiennes sont en déclin, les perspectives locales, nationales et internationales des Nations autochtones, ancrées dans leurs propres traditions intellectuelles, sont désormais un enjeu de première ligne à l’Université d’Ottawa. À l’heure actuelle, plusieurs chercheurs autochtones repoussent les frontières de nombreuses disciplines. L’incorporation des savoirs traditionnels et d’enseignements autochtones dans le monde universitaire sans perpétuer les bagages du colonialisme sont des enjeux centraux dans divers domaines de recherche. De plus, les secteurs privés et publics, ainsi que certains organismes communautaires autochtones, expriment un besoin continu de travailler avec des chercheurs qui ont l’expertise nécessaire pour collaborer avec des communautés autochtones. Ce faisant, ils peuvent ainsi transformer les institutions coloniales en espaces plus accueillants pour les Autochtones.

Voilà le contexte dans lequel un nouvel Institut pourra jouer un rôle clé : en rassemblant des chercheurs autochtones qui guideront l’Université vers un réel renouvellement d’approches à l’enseignement et à la recherche. Ce faisant, ils répondront aux besoins de la population étudiante autochtone et allochtone. L’Institut se penchera sur cette question durant l’année 2018-2019.

Histoire de l'institut

Par : Émilie Pigeon, professeure à temps partiel et membre du personnel de soutien contractuel de l’Institut epigeon@uOttawa.ca

Premières années

L’Université d’Ottawa fonda un programme interdisciplinaire de premier cycle en études canadiennes en 1982. Dès 1995, l’Université d’Ottawa était le premier établissement postsecondaire du Canada à offrir un programme de doctorat pluridisciplinaire en études canadiennes. Dès lors, les étudiants inscrits au programme de doctorat purent se spécialiser dans l’étude du Canada, en tandem avec plusieurs disciplines universitaires (15 en tout) : de l’éducation, à l’histoire, aux sciences des religions. En revisitant et réaffirmant ses priorités de recherche en 1998, le Sénat et le Bureau des gouverneurs de l’Université d’Ottawa déclarèrent que l’étude du Canada serait un de ses quatre axes prioritaires. C’est dans le cadre de cet héritage intellectuel qu’est né l’Institut d’études canadiennes. L’Institut ouvrit ses portes pour la première fois durant l’année universitaire 1998-1999.i

L’Institut devint l’hôte de la Conférence Charles R. Bronfman en études canadiennes, qui avait déjà quatre ans en 1998. Durant l’année inaugurale de l’Institut, l’historienne Joy Parr présida la cinquième Conférence Charles R. Bronfman. La CRB Foundation finança généreusement la série de conférences publiques en 1994.ii La Conférence Charles R. Bronfman se poursuit à l’heure actuelle et offre en alternance une allocution par un(e) invité(e) en français ou en anglais.

Le premier directeur de l’Institut, Chad Gaffield, remarqua que l’historien Pierre Savard, décédé subitement en 1998, était un des architectes du nouvel espace pour les canadianistes au campus. L’Institut se souvient de Savard comme une « figure centrale » dans sa création. Dès son premier jour, l’Institut favorisa la rencontre de deux traditions universitaires dans un seul espace, c’est-à-dire l’interrogation intellectuelle et la production et la diffusion de la recherche.iii Le bulletin d’information Initiatives, la publication bilingue de l’Institut qui diffuse les activités et les travaux de ses chercheurs et étudiants, commémora le décès de Pierre Savard.iv

Depuis ses débuts, l’Institut a été à l’avant-garde du virage numérique de l’Université. La regrettée professeure Angela Mattiacci fut la première technicienne d’analyse de données au Centre Mitel d’analyse de données, un laboratoire de recherche à la fine pointe des technologies à l’aube de l’an 2000. L’analyse de données et le partage d’informations devinrent ainsi parmi les objectifs cibles de l’Institut. En 1998, le bulletin Initiatives partageait son grand enthousiasme envers la mise à niveau du site web de l’Institut, qui regroupait de nombreuses ressources Internet pour les chercheurs en études canadiennes.v Peu après son inauguration, l’Institut devint l’hôte de l’Infrastructure de recherche sur le Canada au 20e siècle (CCRI), avec Chad Gaffield en tant que chercheur principal. Réunissant six universités dans un objectif commun, le CCRI était « une initiative pancanadienne, multidisciplinaire et multi-institutionnelle dont l’objectif est de développer des bases de données à partir des listes nominatives des recensements canadiens tenus entre 1911 et 1951. »vi Quoique le Centre Mitel d’analyses de données n’existe plus, son ancien local est devenu lieu de rencontre pour les étudiants en études autochtones.

Tandis que l’investissement intellectuel dans le domaine des études canadiennes continuait de porter fruit, nous avons remarqué que l’étiquette du « Canada » ne représente pas adéquatement tous les gens habitant ses frontières. La regrettée Shirley Thomson affirma en 2000 que les cours offerts aux étudiants diplômés avaient de grandes lacunes et n’enseignaient pas tout le Canada, se concentrant plutôt sur l’héritage colonial du pays. Dans une ébauche du plan triennal de l’Institut, Thomson souligna que : « we are not doing enough to deal with First Nations issues, even in the doctoral seminar. We should explore what might be attempted. »vii

Afin de redresser ce manquement, l’Institut accueillit Georges Sioui en 2004. Chercheur huron-wendat originaire de Wendake, Sioui avait une triple affectation entre le Département d’études anciennes et sciences des religions, le Département d’histoire, et était aussi le coordonnateur du programme d’études autochtones. Sioui remarqua que l’un des objectifs de son rôle à l’Université était de « favour and recreate the spiritual link, which is a lifeline [for Indigenous Peoples]. » Ce faisant, Sioui offrit aux canadianistes une vision proprement autochtone du monde.viii Les nombreuses contributions de Sioui transformèrent à la fois l’Institut et le campus qui l’accueillit afin de mieux centrer le savoir autochtone dans le milieu universitaire. Sioui est toujours affilié à l’Institut en tant que professeur émérite.

En mars 2010, la professeure Brenda Macdougall, Métis de la Saskatchewan, est devenue la toute première chaire de la recherche sur les Métis à l’Université d’Ottawa.ix La nomination de Macdougall et son accueil à l’Institut d’études canadiennes lui permirent de développer un Laboratoire de recherche sur les familles et les communautés métisses. Le laboratoire en question est un espace innovateur de haute technologie qui analyse et partage des milliers de données généalogiques et historiques des entités politiques métisses à travers l’Amérique du Nord.x Rappelant les vestiges du Centre Mitel, les travaux en cours de la professeure Macdougall donnèrent lieu à un partenariat en pleine croissance entre l’Institut d’études canadiennes et la Nation métisse de l’Ontario. Les deux organismes collaborent étroitement et mettent sur pied des événements et conférences qui portent sur les Métis de l’Ontario. Ce faisant, la professeure Macdougall suscite la participation et l’intérêt d’une nouvelle génération d’étudiants et de chercheurs qui développent de partenariats avec les Nations autochtones tout en mobilisant les connaissances. Les recherches de Madgourall rendent les archives et les données accessibles au grand public, et ce dans des espaces qui sont à la fois virtuels et institutionnels. En plus d’avoir une affectation double à l’Institut, la professeure Macdougall est aussi la Déléguée universitaire à la participation autochtone.

 

L’Institut d’études canadiennes et autochtones

Douze ans après la juste critique de Shirley Thomson envers la manière d’aborder les enjeux des Peuples autochtones (Premières nations, Métis et Inuit) au Canada, la philosophie de l’Institut subit un vent de changement. Dans l’infolettre Initiatives publiée au printemps 2012, le directeur Yves Frenette annonça la future inclusion des études autochtones aux côtés des études canadiennes au sein de l’Institut. En janvier 2013, le nom et la vision de l’Institut changèrent officiellement. La transition des études canadiennes aux études canadiennes et autochtones est devenue officielle avec l’arrivée de Nicole St-Onge en tant que directrice intérimaire en juillet de la même année.xi

Dans son message qui explique le choix de réunir les études canadiennes et autochtones sous un toit, Frenette souligna que deux domaines sont de nature interdisciplinaire. De plus, puisque les deux programmes étaient relativement petits, ils pourraient jouir du partage des ressources humaines, administratives et matérielles.xii Quoique ce jumelage puisse paraître comme étant un choix économique, la transformation du nom de l’Institut fut profonde : « [the Institute’s] mission will be to advance knowledge of Canada and of autochtony through teaching, research, and the dissemination of research from an interdisciplinary perspective, against the backdrop of globalization and in both of the country’s official languages. »xiii L’Institut d’études canadiennes et autochtones à l’Université d’Ottawa demeure un établissement unique en son genre. Il produit et participe à de nombreux projets de recherche par et pour les Peuples autochtones au Canada, en français et en anglais.

En 2013, l’Institut d’études canadiennes et autochtones (IECA) présenta les contours des domaines de recherche qui s’alignent avec sa nouvelle appellation. Les lignes directrices du nouvel institut se penchèrent sur l’étude des sociétés et cultures autochtones au Canada, la souveraineté des Autochtones, ainsi que les logiques politiques du Canada. À partir de 2013, afin d’étoffer l’offre de cours au premier cycle, l’Institut profite du savoir et des connaissances de trois professeurs à double affectation, tous spécialistes des questions autochtones : Dalie Giroux, Dan Rück, et Sonia Weche.xiv L’Institut dépend du travail et de l’expertise des membres du corps professoral à double affectation. L’Institut bénéficie aussi des contributions des professeur(e)s à temps partiel afin d’offrir des cours en études autochtones. Les contributions d’experts à affectation multiples permettent à l’Institut d’offrir des cours magistraux et des séminaires novateurs qui abordent des sujets d’actualité en français et en anglais.

En 2017, l’Institut accueillit Tracy Coates en tant que professeure à nomination à long terme dans le programme d’études autochtones. L’expertise en droit et en consultation de professeure Coates furent essentiels dans la création d’une réponse institutionnelle aux 94 appels à l’action publiés dans le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Le symposium Indigenizing and Decolonizing the Academy tenu en février 2017 produisit une liste de recommandations en vue de conscientiser la communauté universitaire aux voix, besoins et savoirs des Nations autochtones.xv

Les appels à l’action de la communauté autochtone à l’Université d’Ottawa n’ont pas sombré dans l’oubli. L’appel à l’action numéro 10, par exemple, demandait que l’Université explore les moyens de mettre en valeur l’apprentissage des langues autochtones, surtout la langue algonquine.xvi Grâce au professeur Darren O’Toole, en double affectation de la Faculté de droit (section de common law), l’Institut offrit un cours d’anishinaabemowin (la langue ojibwée) en 2017-18. De plus, l’Institut est heureux d’offrir un cours de dialecte algonquin tel que parlé dans la région d’Ottawa en automne 2018.

L’Institut est aussi l’hôte du Programme d’études juives canadiennes Vered, offrant des cours qui s’intègrent à la mineure en études juives canadiennes et à d’autres programmes d’études de premier cycle. Le Programme d’études juives canadiennes Vered offert par la faculté des arts résulte de l’expertise des professeurs Seymour Mayne et Rebecca Margolis. Le Programme d’études juives canadiennes Vered offre la possibilité d’étudier divers sujets liés à l’expérience juive canadienne, passant de l’histoire à la littérature à l’apprentissage de la langue yiddish.xvii Le Programme Vered déménagera bientôt au département d’études anciennes et de sciences des religions.

Enfin, l’Institut offre la possibilité de s’inscrire en mineure ou au certificat en études des francophonies, un programme interdisciplinaire visant la perfection des connaissances à propos des communautés francophones à travers le Canada et ailleurs dans le monde. Tandis que la mineure est une mention spéciale sur le grade du premier cycle, le certificat vise toutes les couches de la société. Tous les gens qui désirent approfondir leurs connaissances des réalités et des identités francophones (passées, présentes et futures) peuvent le faire en s’inscrivant au programme de certificat en études des francophonies.

 

Conclusion

De sa création à aujourd’hui, l’interdisciplinarité est la raison d’être de l’IECA. Comme l’exprime un document de 2010 qui aborde les orientations futures de l’Institut, la collaboration entre domaines universitaires demeure au cœur de la majorité des programmes offerts par l’IECA à l’heure actuelle. De plus, les recherches produites par les chercheurs affiliés à l’IECA continuent d’avoir portée et pertinence à l’échelle internationale. La diffusion des connaissances et le ralliement des parties prenantes sont au cœur des objectifs de l’IECA et de ses partenaires.xviii Depuis la publication d’appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, le milieu universitaire reconnaît et affirme ses responsabilités envers les Peuples, Nations, et communautés autochtones. Cependant, ces responsabilités ne sont pas confinées aux frontières de l’État canadien. Pendant que la planification stratégique de l’IECA va de l’avant, nous espérons créer un avenir axé sur la participation et la représentation par et pour les Peuples autochtones à l’Université d’Ottawa. Pour ce faire, nous visons la mise sur pied de partenariats et d’ententes de collaboration, ainsi que l’accroissement de relations suivies et réciproques avec des communautés, Nations et Peuples autochtones qui perdureront.

 

HISTORIQUE DE LA DIRECTION

Chad Gaffield (1998 – 2003)

Marcel Olscamp (2003 – 2004)

Pierre Anctil (2004 – 2008)

David Staines (2008 – 2010)

Yves Frenette (2010 – 2013)

Nicole St-Onge (2013 – 2016)

Emma Anderson (2016 – 2017)

Timothy J. Stanley (2017 – présent)

 

ii « Rapport Annuel 1998-1999 », dossier « Rapports annuels 1998-1999 », Fonds 287, boîte NB 18486.5 Archives de l’Université d’Ottawa, 2.

ii « Rapport Annuel 1998-1999 », 10.

iii « Rapport Annuel 1998-1999 », 3.

iv Initiatives No. 1 - Automne 1999, dossier « Initiatives, 1999 », Fonds 287, boîte NB 18486.4 Archives de l’Université d’Ottawa, 4.

v Initiatives No. 1 - Automne 1999, 2.

vi “Welcome to the CCRI” Canadian Century Research Infrastructure, University of Ottawa http://www.ccri.uottawa.ca/CCRI/Home.html (le 28 août 2018).

vii “Three Year Plan – Réunion du bureau de direction, jeudi le 6 avril 2000 Item 11. Plan triennal.” Fonds 287, boîte 10486.23, Chemise 1 : ‘Réunions du bureau de direction, 1998-2001.’ Archives de l’Université d’Ottawa.

viii Initiatives No. 21, Automne 2005. Institut d’études canadiennes, Université d’Ottawa, 5

ix “Dr. Brenda Macdougall Inaugurated as Chair of Métis Studies at UOttawa.” Métis Nation of Ontario Press Release, March 25, 2010. http://www.metisnation.org/news-media/news/chair-of-m%C3%A9tis-studies-at-uottawa/ (le 17 août 2018).

x « Mapping Bloodlines » by Dan Rubenstein in Research Perspectives – Perspectives de Recherche, Vol. 17 No. 1 Printemps 2015, 14.

xiInitiatives No. 41, Printemps 2013. Institut d’études canadiennes et autochtones, Université d’Ottawa, 5.

xii Initiatives No. 41, Printemps 2013, 5.

xiii Idem.

xiv Initiatives No. 44, Automne 2014. Institut d’études canadiennes et autochtones, Université d’Ottawa, 3.

voir aussi Initiatives No. 40, Automne 2012. Institut d’études canadiennes et autochtones, Université d’Ottawa, 3.

xv Initiatives No. 46, Printemps 2017. Institut d’études canadiennes et autochtones, Université d’Ottawa, 19.

xvi Ibid, 24.

xvii Initiatives No. 41, Printemps 2013. Institut d’études canadiennes et autochtones, Université d’Ottawa, 5.

xviii ‘L’INSTITUT D’ÉTUDES CANADIENNES DE L’UNIVERSITÉ D’OTTAWA

LA PROCHAINE DÉCENNIE’ (c. 2010) (sans auteur) https://arts.uottawa.ca/documents/pdf/agov/Arts-2015-ICS-IEC.pdf, (le 10 août 2018), 2.

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