Dépôt du rapport du comité Saint-Denis au gouvernement de l’Ontario

Le 8 mai 1967, le premier ministre de l’Ontario, John Robarts, annonce la création du comité franco-ontarien d’enquête culturelle (comité Saint-Denis). Roger Saint-Denis, membre du Conseil des arts de l’Ontario et ancien professeur de l’École normale d’Ottawa, est mandaté pour présider le nouveau comité. Saint-Denis s’entoure alors du gratin de l’élite intellectuelle franco-ontarienne d’Ottawa et de Sudbury issu du milieu universitaire et de la fonction publique. On y retrouve, entre autres, de la région de la capitale fédérale, Roger Séguin, président de l’ACFEO, Roland Bériault, auteur du Rapport du comité sur les écoles de langue française de l’Ontario du ministère de l’Éducation, frère Bernard Julien, o.m.i., directeur du Département de français de l’Université d’Ottawa et membre fondateur du Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF), Jean-Louis Major, professeur de littérature à l’Université d’Ottawa, et Estelle Huneault, présidente de l’Union catholique des fermières de l’Ontario.

Le comité a pour fonction d’évaluer la participation, la production et la consommation des Franco-Ontariens dans différentes disciplines artistiques. Au terme de son enquête, le comité apporte des recommandations afin d’améliorer l’épanouissement de la vie culturelle de l’Ontario français. Les travaux du comité s’étalent sur une période de dix-neuf mois. Des consultations publiques sont alors organisées dans plusieurs communautés de l’Ontario français.

La création du comité Saint-Denis survient dans un contexte de bouleversements sociopolitiques très intenses. En effet, alors que la Révolution tranquille bat son plein au Québec, les Franco-Ontariens se tournent de plus en plus du côté de l’État provincial pour combler le vide laissé par le retrait de l’Église catholique dans les sphères institutionnelles de l’Ontario français, notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé.

Le rapport final du comité Saint-Denis, La vie culturelle des Franco-Ontariens, est présenté au ministère de l’Éducation de l’Ontario le 19 janvier 1969. Le rapport discute, entre autres choses, de l’importante disparité économique des Franco-Ontariens et de la présence des régionalismes identitaires en Ontario français. Pour le comité, la prééminence de la culture anglo-saxonne en Ontario a littéralement provoqué l’acculturation des Franco-Ontariens. L’anémie culturelle de l’Ontario français est causée par trois facteurs. Premièrement, les Franco-Ontariens sont victimes d’une marginalisation socioéconomique. Ensuite, la dispersion des francophones sur le territoire ontarien a entraîné leur minorisation dans certaines régions. Finalement, par le passé, l’élite traditionnelle franco-ontarienne a été incapable de faire du développement culturel une priorité.

Page couverture du rapport du comité Saint-Denis, La vie culturelle des franco-ontariens

Page couverture du rapport du comité Saint-Denis, La vie culturelle des Franco-Ontariens, Ottawa, 1969. Université d’Ottawa, Collection de la bibliothèque du CRCCF.

Selon le rapport, l’avenir de la culture franco-ontarienne relève maintenant du gouvernement provincial. Pour le comité, il faut créer un sentiment d’appartenance qui transcende tous les régionalismes identitaires. En fait, le comité recommande que la Société Radio-Canada étende son réseau radiophonique et télévisuel de langue française à toutes les régions de l’Ontario. Le rapport souligne aussi la nécessité de fonder des institutions universitaires et des centres culturels uniquement de langue française.

Le comité propose également au gouvernement de l’Ontario la fondation d’un organisme voué spécialement à la promotion de la culture franco-ontarienne. Ainsi, les commissaires espèrent que le gouvernement provincial mette sur pied un « Comité franco-ontarien d’orientation culturelle » avec un statut analogue à celui du Conseil des arts de l’Ontario (Gervais et Bock, 2004 : 186). Ce comité aurait veillé à la croissance artistique des Franco-Ontariens et au développement de programmes d’animation socioculturelle en régions. Considérant cette mesure comme trop radicale, le gouvernement Robarts décide plutôt de créer un Bureau franco-ontarien à l’intérieur du Conseil des arts de l’Ontario.

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Bibliographie

Bock, Michel (2012). « “Jeter les bases d’une 'politique franco-ontarienne'’’ : le Comité franco-ontarien d’enquête culturelle à l’heure des grandes ruptures (1967-1970) », Cahiers Charlevoix, no 9, Ottawa, La Société Charlevoix et Les Presses de l’Université d’Ottawa, p. 61-106.

Comité franco-ontarien d’enquête culturelle (1969). La vie culturelle des Franco-Ontariens, [rapport], Ottawa, Union du Canada, Assurance-vie.

Gervais, Gaétan, et Michel Bock (2004). L’Ontario français des Pays-d’en-Haut à nos jours, Ottawa, Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques.

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