Géographie - Milieux - capsule

Construction d’une mémoire française à Ottawa : savoirs communautaires et réseaux sociaux

King Edward

Rue York, Marché By, Ottawa, [197?]. Photographie : n & b; 29 cm x 7,5 cm. Université d'Ottawa, Centre de recherche en civilisation canadienne-française, Fonds Jean-Robert-Gauthier (P348), Ph268-1/848.

« La seule chose qu’ils ont en tête ce sont des routes pour les voitures, pas des maisons pour les gens » -Une habitante de la Basse-Ville, dans une lettre datée du 25 juillet 1969 où elle s’opposait au plan de rénovation urbaine initié par la Ville d’Ottawa.

Les archives du Bureau des Commissaires – ancienne instance de la Ville d’Ottawa composée du maire et de quatre conseillers élus par l’ensemble de la population et qui validait les décisions des différents comités avant de les soumettre au vote du Conseil Municipal – regorgent de comptes-rendus d’audiences d’habitants de la Basse-Ville tentant de s’opposer à la démolition de leur maison, prévue dans le cadre de la rénovation urbaine ayant été entreprise à la fin des années 1960. Ces femmes et ces hommes nous livrent un récit précieux sur les discours et méthodes développés par les institutions, ainsi que sur les modes de défense d’une communauté essentiellement populaire et canadienne-française.

Du côté des institutions, les arguments s’expriment par des affirmations fortes, des vérités non questionnables, à l’instar de ces quelques phrases, tirées du compte-rendu d’une réunion publique s’étant déroulée le 9 septembre 1969 à la Salle Ste-Anne, lieu de rencontre pour la communauté francophone de la Basse-Ville Est. Le document, daté du 26 septembre 1969, est signé par A. L. McRae, membre de la Commission des Affaires Municipales de l’Ontario :

  • « In the public interest sometimes the private interest must yield ».
  • « It was almost inevitable that in an area proposed for redevelopment as old as the subject the road pattern decided upon would be geared to modern requirements, whether or not valuable parcels of land had to be utilized. The country moves on wheels today and that is one of the hard realities of modern living ».
  • « As to the demolition of houses good or bad, [...] it is a prerequisite if the new is to rise from the ashes of the old ».

Face à ce discours intransigeant, les habitants répondent par la mise en lumière des composantes de leur espace quotidien et la formulation de recommandations à la Ville. À demi-mots, dans leurs lettres ou dans les rapport de leurs interventions, ils dessinent un quartier porteur des qualités défendues quelques années plus tard par Jane Jacobs – l’échelle humaine, la variété des bâtiments, la mixité sociale et fonctionnelle, etc. :

  • « Personally, I think what is intended to be done in Lower Town is sickening. A part of the project, about fourteen hundred feet of land, with houses in between, and no street for services. Just sidewalks. [...] Down my street, there is a six-unit apartment building, and three triplexes constructed about four or five years ago, and well kept and good people, not rich, but good people in it. Now they want to demolish those buildings ».
  • « She feels that the City is extravagant in demolishing valuable property. She also feels that the proposed housing areas would be inhabited by poor and old people, and would prefer to see all classes living together. »
  • « The Municipality should have stressed the rejuvenation of the existing property rather than the wholesale expropriations in the area as planned ».
  • « What I would like them to do, if they want to go on with the project, is to keep the streets open, build on lots they already bought. King Edward is a throughway, and they want to use the next street, Nelson, for a depressed way. The only thing they have in mind is road for cars, no houses for people ».
Édifices résidentiels réalisés lors de la rénovation urbaine

Édifices résidentiels réalisés lors de la rénovation urbaine, au début des années 1970. (Photographe : Caroline Raminez, août 2012)

La Basse-Ville de l’Est en 1968 et en 1971
La Basse-Ville de l’Est en 1968 et en 1971. (Cartothèque de l’Université d’Ottawa, photographies aériennes A20899-50 et A30367-7).
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