Le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO)

Le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO), fondé en 1971 à Sudbury par un groupe d’étudiants de l’Université Laurentienne, devient le modèle dont s’inspirent les autres troupes franco-ontariennes créées au cours des années 1970. Sa première création collective, intitulée Moé, j’viens du Nord, ‘stie, est aujourd’hui considérée comme « la première brique du monument qui deviendra le théâtre franco-ontarien » (Beddows, 2004a : 12).

Le Théâtre du Nouvel-Ontario naît grâce au travail de Pierre Bélanger, Denis Courville, Jean-Paul Gagnon, Pierre Germain, Donald Laframboise, André Paiement et Robert Paquette (Gaudreau, 1991 : 17). Or, si André Paiement se voit rapidement attribuer le titre de directeur artistique, c’est à Pierre Bélanger que l’on doit cependant la transformation de la troupe étudiante en compagnie de théâtre professionnel de tournée. Celui-ci sera d’ailleurs le premier à mettre en place la vision culturelle qui animera l’ensemble des artistes franco-ontariens de toutes les régions durant la décennie suivante : « Le Théâtre du Nouvel-Ontario croit tout simplement qu’il existe une culture franco-ontarienne mais qu’elle est au stade latent. Il s’agit pour nous de manifester cette culture, de l’actualiser sur scène [1] ».

Au moment de la création du Théâtre du Nouvel-Ontario, la communauté francophone de l’Ontario vit une transformation identitaire profonde, qui trouve ses racines dans le Nord de la province, une région rebaptisée symboliquement « le Nouvel-Ontario » (Dorais, 1979 : 11). De jeunes créateurs inspirés de la contre-culture et de la Révolution tranquille québécoise décident de s’exprimer presque uniquement dans un vernaculaire dit franco-ontarien et se dotent de structures pour assurer la diffusion de leurs pratiques artistiques. Pour la première fois, ces structures seront créées à l’extérieur des cadres universitaire et scolaire, rompant ainsi le monopole traditionnel en matière artistique et culturelle en Ontario français. Les objectifs poursuivis par le Théâtre du Nouvel-Ontario deviennent rapidement ceux du reste de la province et, en particulier, des troupes de la région d’Ottawa, qui s’en inspireront. Le « Nouvel-Ontario » d’autrefois a ainsi servi de modèle à « l’Ontario français » d’aujourd’hui.

Le projet de promotion de l’identité franco-ontarienne mis sur pied par le Théâtre du Nouvel-Ontario est repris par Théâtre Action en 1972, puis par le Théâtre d’la Corvée à Vanier en 1975. Le théâtre franco-ontarien de création est ainsi né avec le Théâtre du Nouvel-Ontario.

De plus, l’œuvre d’André Paiement est aujourd’hui considérée comme une pierre d’assise incontournable dans l’étude de la dramaturgie franco-ontarienne. De fait, les chercheurs Joël Beddows, Lucie Hotte, Dominique Lafon, Mariel O’Neill-Karch et François Paré ont établi que l’œuvre de Paiement « [a servi] de “matrice” à la majeure partie des pièces des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix » (Beddows, 2004a : 9), notamment celles de Jean Marc Dalpé et de Michel Ouellette.

André Paiement (1950-1978), fondateur du TNO.

Figure 1 – André Paiement (1950-1978), fondateur du TNO.

Source : Théâtre du Nouvel-Ontario.

Le Théâtre du Nouvel-Ontario, 1984. Nickel de Brigitte Haentjens et Jean Marc Dalpé.

Figure 2 – Le Théâtre du Nouvel-Ontario, 1984. Nickel de Brigitte Haentjens et Jean Marc Dalpé.

De gauche à droite : Jean Marc Dalpé, Robert Bellefeuille et Stéphane Lestage.

Photo : Jules Villemaire.

Source : Le Théâtre du Nouvel-Ontario.

 


 

SOURCES

Beddows, Joël (2004a). « À l’origine du monument, une école de théâtre », dans André Paiement, Les partitions d’une époque, vol. I : Les pièces d’André Paiement et du Théâtre du Nouvel-Ontario (1971-1976), Sudbury, Éditions Prise de parole, p. 12-24, coll. « Bibliothèque canadienne-française ».

Beddows, Joël (2004b). « Pour mieux éclairer le souvenir d’un homme et de son époque », dans André Paiement, Les partitions d’une époque, vol, II : Les pièces d’André Paiement et du Théâtre du Nouvel-Ontario (1971-1976), Sudbury, Éditions Prise de parole, p. 7-20, coll. « Bibliothèque canadienne-française ».

Gaudreau, Guy (dir.) (1991). Le Théâtre du Nouvel-Ontario : vingt ans, Sudbury, Le Théâtre du Nouvel-Ontario, 99 p.

Dorais, Fernand (1979). « Plaidoyer pour le marginal régional », Liaison, nos 5-6, mai 1979, p. 11.

ARCHIVES

Université Laurentienne, Archives de l’Université Laurentienne

Fonds Théâtre-du-Nouvel-Ontario, PO23, boîte 22.


[1] « Pierre Bélanger, lettre et demande à M. Robert Savard, Service de l’action socio-culturelle, Secrétariat d’État, le 9 septembre 1971 », Université Laurentienne, Archives de l’Université Laurentienne, Fonds Théâtre-du-Nouvel-Ontario, PO23, boîte 22.

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