Les attributs des sciences de Chardin

SCEDHS 2022 Appel à communications

Expérience de la modernité; Modernité de l’expérimentation

Société canadienne d’étude du dix-huitième siècle

Canadian society for Eighteenth Century studies

 

Congrès 2022 Congress
12-15 octobre 2022 | 12-15 October 2022
Delta Hotel (Marriott) – Ottawa City Centre

Expérience de la modernité; Modernité de l’expérimentation

Experiencing Modernity; Modernity of Experimentation

 

Dans les années qui ont précédé le dix-huitième siècle, la Querelle des Anciens et des Modernes a donné lieu à un débat au sein duquel le concept de modernité s’est affirmé. Si ce n’était pas la première fois que la notion de « moderne », comme manière de marquer la différence d’un présent avec un passé révolu, était mobilisée, cette Querelle a constitué un moment significatif, peut-être constitutif du développement et de la consolidation du concept. L’enjeu de la Querelle était la question de savoir si l’enseignement, la pensée et le style des Anciens avaient été repris et dépassés par les Modernes, ou s’ils en constituaient des modèles indépassables. La Querelle a donc introduit l’idée de modernité elle-même, de nouveauté et d’innovation. Le nouveau siècle était-il fondamentalement différent des époques précédentes, du point de vue de son organisation socio-politique, de sa compréhension de la nature et de l’univers, de son expression artistique et littéraire, de ses prouesses technologiques? Comment le dix-huitième siècle se démarquait-t-il de ceux qui l’avaient précédé? Comment et où cette modernité avait-elle commencé? Fallait-il voir en ceci un récit héroïque du progrès de l’humanité, ou y avait-il une dimension sombre et destructrice de ce récit pouvant mettre en cause la vision optimiste de l’avenir qui le sous-tend?

 

Deux caractéristiques ressortent de ce projet d’autoconceptualisation : un sentiment de distance historique avec le passé qui se creuse, et un élan pour consigner l’expérience humaine – dans les dictionnaires et les encyclopédies, par exemple – ou pour en prendre la mesure par l’expérimentation. Le titre du Congrès joue sur les mots « expérience » et « expérimentation ». Historiquement, ces mots sont étroitement liés; en français, expérience est presque l’équivalent d’expérimentation, alors qu’en anglais, le premier sens d’experience désignait l’action de soumettre quelque chose à une épreuve (“to make experience of: to make trial of” [OED]). Une expérience est aussi une observation de faits ou d’événements, et dans un usage plus récent, il signifie ce qu’une personne éprouve, subit, traverse ou ressent subjectivement. Nous invitons donc les participants à explorer toutes les facettes de cette expérience de la modernité au dix-huitième siècle.

 

Pour les explorateurs, les savants et les créateurs du dix-huitième siècle, la modernité demandait de nouvelles expérimentations en même temps qu’elle se faisait objet d’expérience. En sciences et en philosophie, cela est particulièrement visible avec le développement de la philosophie expérimentale, inspirée de Bacon, Newton et Locke, lequel a rendu possible le développement de nouveaux domaines de recherche, d’une nouvelle compréhension des fondements de la connaissance et de nouvelles technologies et applications pratiques – dans la production manufacturière, la médecine ou l’art militaire, par exemple.

 

Mais le goût de l’expérimentation se manifeste aussi, durant cette période, dans la recherche de terrain : celle des voyageurs partis à la rencontre d’autres cultures, celle des correspondants des académies et sociétés savantes qui décrivent le monde qui les entoure, celle des inventeurs qui sont invités à présenter leurs travaux dans les assemblées académiques. L’expérimentation, ici, dépasse le champ de la « curiosité », celle des cabinets, plutôt de l’ordre du spectacle et de l’émerveillement, et devient la recherche, au sens où nous l’entendons encore aujourd’hui, c’est-à-dire une activité délibérée de mise à l’épreuve systématique des ressources à notre disposition afin d’en faire apparaître des effets inattendus.

 

Dans les beaux-arts et les belles-lettres, l’expérimentation se fait notamment dans le développement de nouveaux genres (tragédie domestique, drame bourgeois, prose fictionnelle…) et la transformation de genres existants (églogue, géorgique, genre héroï-comique, roman). Ces expériences esthétiques sont censées susciter des plaisirs nouveaux, et stimuler de nouveaux effets sur le public, qu’il s’agisse de régénération des mœurs ou de commotion esthétique. Mais les artistes ne s’arrêtent pas là : le dix-huitième siècle sera aussi un laboratoire de moyens d’expression, les artistes s’efforçant d’exploiter les découvertes techniques de leur temps, de la lanterne magique au clavecin oculaire.

 

Nous pourrions étendre indéfiniment cette énumération des champs intellectuels et culturels touchés par cette configuration des notions d’expérience et de modernité, intégrant les travaux en matière de politique, de droit et de morale, d’économie et des autres sciences humaines naissantes. Mais la modernité a aussi été le lieu d’une expérience de l’altérité et de la différence : le genre, l’ethnicité, la race et l’extranéité, par exemple, occupent une place centrale dans l’imaginaire et l’expérience de la modernité, comme objets sur lesquels sont projetés inquiétudes, peurs et espoirs liés aux transformations culturelles et sociales en cours. La volatilité financière et les nouveaux instruments de crédit, par exemple, étaient souvent métaphorisés par l’image de la femme inconstante ou maladive; l’innovation et la nouveauté étaient pour leur part stigmatisées comme « étrangères ». Inversement, les populations des Amériques et d’Afrique ont souffert des conséquences souvent désastreuses de leur expérience de la modernité d’une culture étrangère. Cette part plus obscure de la modernité sera également au cœur de l’exploration proposée par le thème du Congrès 2022 de la SCEDHS.

 

Un aspect central de l’expérience de la modernité, pour nous aujourd’hui, est la relation complexe et tendue entre explorateurs et colonisateurs européens d’un côté et nations autochtones de l’autre. Le congrès 2021 de la SCEDHS de Winnipeg a mis sur pied un programme ambitieux d’enquête sur « Le dix-huitième siècle autochtone », et nous souhaitons que le congrès d’Ottawa puisse prolonger ce travail. Ainsi, les organisateurs invitent tout particulièrement les tables rondes et panels ayant pour thème des perspectives non-européennes sur le projet européen de la modernité.

 

Les sujets pouvant être envisagés dans le cadre de cette conférence comprennent, sans s’y limiter :

  • Le dialogue entre les sciences expérimentales et la production artistique
  • La notion d’innovation en art et en littérature
  • Le rapport à l’expérience et la modernité romanesque
  • Les Lumières et la critique de la modernité
  • La littérature de voyage – réelle ou imaginée
  • Les Lettres persanes (301 ans après)
  • Les expérimentations économiques et la modernité financière
  • Les expérimentations constitutionnelles
  • Expériences du genre; genre et modernité

 

Les propositions de séances et les propositions individuelles sur les recherches en cours qui ne sont pas liées au thème du congrès seront également considérées, comme c’est toujours le cas aux congrès de la SCEDHS.


La date limite de soumission des panels est le 28 février 2022.


La date limite de soumission des communications individuelles est le 31 mars 2022.


Tou.te.s les participant.e.s au congrès doivent avoir réglé leurs frais d’adhésion à la SCEDHS ou à la ECSSS.


Les propositions individuelles doivent contenir le titre de la communication, un résumé de 150 mots et une brève notice biographique indiquant le nom, l’adresse électronique, le statut universitaire et l’affiliation institutionnelle du.de la présentateur.trice.


Les propositions de panel doivent contenir le titre et un résumé de 150 mots à la fois du panel et des communications, et une brève notice biographique indiquant le nom, l’adresse électronique, le statut universitaire et l’affiliation institutionnelle de chaque présentateur.trice (normalement au nombre de trois) et de leurs répondant.e.s (le cas échéant).


Veuillez, s’il-vous-plaît, faire parvenir vos propositions à l’adresse courriel suivante : csecs-scedhs2022@uottawa.ca .


Les participant.e.s peuvent présenter leur communication en anglais ou en français et seront tous invités à soumettre un article dans l’une ou l’autre langue à Lumen, la revue de la Société, pour publication.

 

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