La Faculté des arts de l’Université d’Ottawa offre le tout premier microprogramme en études psychédéliques au Canada

Publié le jeudi 2 septembre 2021

Feuille verte avec des goûtes d'eau

 

Les étudiantes et étudiants de l’Université d’Ottawa peuvent maintenant choisir un tout nouveau microprogramme : Études psychédéliques et spiritualité. Offert virtuellement à raison de trois trimestres par année, il marie plusieurs disciplines, dont la religion, la psychologie, l’anthropologie et la santé. On y aborde notamment le recours aux psychédéliques et à d’autres moyens pour modifier l’état de conscience à des fins spirituelles, rituelles et thérapeutiques à travers les cultures et l’histoire.

Nous avons demandé aux deux fondatrices – Anne Valley, professeure agrégée au Département d’études anciennes et de sciences des religions, et Monnica Williams, professeure agrégée à l’École de psychologie – de nous expliquer l’importance de ce microprogramme, qui constitue une première au Canada.

 

Parlez-nous de vous et de ce qui vous a amené à collaborer à cette initiative.

(Anne) : Je travaille à l’Université d’Ottawa depuis 2004 en qualité d’anthropologue de la religion : la majorité de mes travaux de terrain ont trait à l’Inde. Au cours des sept ou huit dernières années, je me suis principalement penchée sur les questions relatives à la mort et au mourir. Je m’intéresse également à l’ascétisme, aux pratiques dévotionnelles, aux pèlerinages et aux états de conscience modifiés, le tout dans un contexte religieux, principalement dans la tradition jaïne de l’Inde. J’en suis venue à m’intéresser de près à un cadre comparatif et à certaines questions existentielles entourant les différences entre les processus du mourir en Inde et en Amérique du Nord. Dans nos contrées, les soins de fin de vie constituent souvent une période très sombre, communément associée à la dépression et à la disparition. Remarquez : il est tout à fait normal que certaines personnes soient profondément déprimées en vieillissant, et lorsqu’elles avancent vers la mort. Ce qui est étonnant, c’est que j’ai observé un phénomène tout autre au fil de mes deux décennies de recherche au sein des communautés religieuses en Inde. Je ne veux pas dire que toute l’Inde a une vision profondément spirituelle du vieillissement et de la mort, mais c’est le cas de la communauté que j’étudie et avec laquelle je travaille. Si la médecine moderne excelle à traiter la douleur physique elle peine à répondre aux questions sur la souffrance, le sens de la vie et de l’existence, de même qu’aux questionnements de nature spirituelle en général. Il y a deux ans, j’ai donc organisé un atelier sur la fin de vie et le rôle des psychédéliques dans ce contexte. C’est là que j’ai rencontré Monnica, qui nous a ensuite rejoints à l’Université d’Ottawa, et avec qui je collabore depuis.

 

Monnica

J’ai commencé à m’intéresser aux psychédéliques il y a six ou sept ans. Pour être franche, je n’aurais jamais imaginé, il y a à peine une décennie, délaisser la psychologie clinique et comportementaliste pour étudier les états de peur et d’anxiété, et la manière dont ils sont pris en charge par les professionnels. En début de carrière, je me suis intéressée aux approches de traitement comportemental du trouble de stress post-traumatique (TSPT) et du trouble obsessionnel compulsif (TOC), en particulier lorsque le traumatisme résultait du racisme. J’ai notamment eu la chance de collaborer avec des chercheuses et chercheurs de la Multidisciplinary Association for Psychedelic Studies (MAPS) et d’en apprendre davantage sur l’utilisation de la MDMA comme traitement du TSPT. Cette approche innovante est plus empathique et surtout, plus douce que le traitement classique basé sur l’exposition, qui peut s’avérer très pénible. Depuis, je me consacre à cette option thérapeutique extrêmement avantageuse.

 

Qu’est-ce qu’un microprogramme? Pouvez-vous expliquer l’importance de ce cheminement unique au Canada portant sur les études psychédéliques et la spiritualité à l’Université d’Ottawa?

Anna

L’Université d’Ottawa offre depuis peu de nombreux microprogrammes dans différentes disciplines. Lorsque la COVID-19 a frappé, nous avons eu l’occasion d’offrir des cours en ligne à beaucoup plus d’étudiantes et d’étudiants que par le passé. Les microprogrammes sont des programmes accélérés. En ce qui nous concerne, il s’agit de trois cours totalisant neuf crédits en études psychédéliques et spiritualité. Le microprogramme, qui se distingue par la combinaison de ces cours, sera le tout premier de cette nature au Canada. Le contenu spirituel de ces expériences constitue l’essence de notre programme, interdisciplinaire et interfacultaire. C’est la deuxième année que nous l’offrons, et il est désormais proposé chaque trimestre à l’Université d’Ottawa. À terme, notre objectif est de créer un programme complet de maîtrise d’un an portant sur le psychédélisme et les états de conscience pour l’automne 2022. Les neuf crédits du microprogrammes pourront contribuer à cette maîtrise. Les cours, qui offrent un survol des études psychédéliques, portent sur la réduction des risques associés aux psychédéliques, les dimensions sociales et spirituelles de ces substances, ainsi que sur leurs effets neurologiques.

 

Monnica

L’intérêt pour ce domaine est immense, et il s’agit d’une excellente occasion de sensibilisation. En tant que clinicienne, je perçois le recours aux psychédéliques comme un changement de paradigme en santé mentale. Les cours que nous donnons sont déjà proposés par d’autres établissements, mais nous croyons que de les offrir dans un établissement réputé comme l’Université d’Ottawa ajoutera à leur crédibilité et apaisera les éventuelles craintes quant à l’exactitude et à la valeur scientifique du programme, ce qui est fantastique.

 

Comment la communauté universitaire a-t-elle réagi à l’initiative? Comment envisagez-vous l’évolution du microprogramme?

Anne

La communauté universitaire m’a apporté un soutien phénoménal. Je suis rattachée au Département d’études anciennes et de sciences des religions, au sein de la Faculté des arts, tandis que Monnica travaille à la Faculté des sciences sociales. Le doyen de la Faculté des arts, Kevin Kee, et la doyenne de la Faculté des sciences sociales, Vicky Barham, nous ont apporté un appui indéfectible. Nous appelons affectueusement Vicky notre « force majeure », car elle fait activement la promotion du programme et perçoit toute la valeur de son caractère interdisciplinaire pour l’Université d’Ottawa. Nous avons besoin d’anthropologues, de chercheuses et chercheurs autochtones et d’autres encore spécialisés en études religieuses pour collaborer avec les scientifiques étudiant la chimie du cerveau, afin de mieux élucider certains phénomènes.

 

Monnica

Il existe des centres de recherche qui se consacrent à la chimie du cerveau, aux produits pharmaceutiques et aux neurosciences; or, ils enrichissent tous leurs programmes respectifs de composantes spirituelles. En tant que chercheuse en psychologie, je suis d’avis qu’il serait préjudiciable d’omettre les perspectives spirituelles et religieuses. Je reçois souvent des courriels enthousiastes contenant des demandes d’information sur le microprogramme et les modalités d’inscription. Comme Anne l’a mentionné, nos facultés respectives nous apportent un soutien incroyable et manifestent un grand intérêt pour programme et son potentiel. La direction de mon département est aussi derrière moi.

 

Le mot de la fin?

Anne

Fruit d’une collaboration entre les départements d’Études religieuses et de Psychologie, ce microprogramme interdisciplinaire débouchera certainement sur une maîtrise interfacultaire ancrée à l’École de psychologie, à laquelle participeront. L’Université d’Ottawa proposera en outre un doctorat en Études psychédéliques : après la maîtrise, il sera en effet possible d’entreprendre des études doctorales soit en Études religieuses, soit en Psychologie (expérimentale) – si les autres conditions d’admissibilité sont respectées, évidemment.

 

Monnica

Les cours étant en ligne, on peut les suivre de partout au Canada et même du monde entier. Compte tenu de l’intérêt que le microprogramme suscite – et si l’on se fie qu’un programme semblable offert affiche complet jusqu’à l’année prochaine – nous pensons que le atteindre bientôt notre pleine capacité!

 

Pour obtenir plus d’informations, communiquez directement avec Anna Valley ou Monnica Williams directement, ou visitez la page Web du microprogramme en études psychédéliques et spiritualité.

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